Le hibou devenu juge
Fables canadiennes — 01
LE HIBOU DEVENU JUGE
Un hibou de nos bois, aux jours de sa jeunesse, —D’aucuns disent, pourtant, que c’est dans l’âge mûr, —Avait vendu son droit d’aînesse, —Le fait est sûr, —Pour un plat de lentillesSous forme de chaponsEt d’autres pièces bien gentilles.
Or, comme les friponsNe sont pas fort souvent punis en ce bas monde,Et qu’ils arrivent même à tenir le haut rang,Notre hibou, servi par sa morgue profonde,Chez les siens, pas ailleurs, arriva sur le bancDes juges.Pour quelqu’un qui craignait le banc des accusésC’était bien, n’est-ce pas, le plus sûr des refuges.Jamais ses jugements ne furent révisés,Il faut au moins le reconnaître.Pourquoi ? Je ne saurais le dire. C’est peut-êtreQu’ils étaient sans appel, comme le beau fatrasDe quelques uns de nos feux magistrats.Cependant bien souvent il excusa des crimesComme on excuse un tout petit péché ;Mais plus souvent encore — il fallait des victimes —De pauvres innocents eurent le cou tranché.
Un juge corrompu — ce n’est pas introuvable —Discerne mal la vérité,C’est la morale de ma fableDans toute sa sincérité.
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