Le laurier-rose et la pensée
Fables canadiennes — 01
LE LAURIER-ROSE ET LA PENSÉE
Un laurier-rose,Se croyant quelque chose,Étalait au soleil ses rameaux et ses fleurs ;Auprès, une pensée,La tête baissée,Semblait ne pas savoir l’éclat de ses couleurs.— Que je te plains, que je plains tes pareilles,Petite fleur des bois ! —
Dit le laurier couvert de mille fleurs vermeilles —On t’a foulée aux pieds cent foisEn venant cueillir mes guirlandes.Ma tige est forte, à moi, mes fleurs sont toutes grandesElles brillent de loin.Puis, pour demeurer sans reproche,J’ai la vertu dont j’ai besoin.Approche ;— Mets-toi près de ma tige et peut-être on croiraQue tu me dois la vie,Et quelque main ravieAlors te cueillera.Merci, dit l’humble fleur, je suis bien disposéeÀ rester où je suis :Où Dieu nous a fait naître on n’a jamais d’ennuis.Le rayon du soleil et la fraîche roséeAvaient entendu les discoursDe la plante tous les joursRéchauffée avec soin, avec soin arrosée ;Ils la punirent aussitôtEn ne descendant plus sur elle.Le laurier se flétrit bientôt ;L’humble fleur à ses pieds demeura longtemps belle.
Vous qui vous croyez grands dans votre sot orgueil,N’humiliez jamais par une pitié vaineLes humbles qui sont là vivant à votre seuil,Car leur vie est souvent plus longue et plus sereineQue la vôtre à vous tous. Puis, veuillez le noter,Celui qui donne tout peut aussi tout ôter.
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