Le loup et les deux bassets

Fables canadiennes — 01

LE LOUP ET LES DEUX BASSETS

Deux bassets, descendant de la même lignéeEt remontant jusqu’aux anciens,Deux frères, je dirais, s’ils n’avaient été chiens,Trottinaient le nez bas, la mine rechignée,À travers bois et champs, pour chasser le blaireauEt tous ces beaux rongeurs qui font basse-cour nette.

Ils venaient d’en laisser plus d’un sur le carreau,À plus d’un ils venaient de donner la venetteQuand ils virent un loupAccourir tout à coup.— Vils bassets, hurlait-il de loin, je me fais gloireDe vous croquer tous deuxEn deux coups de mâchoire !— Montrez donc, maître loup, votre museau hideux,Répondirent les chiens de chasse,En s’élançant avec audaceVers l’habitant des bois.Quand le loup vit les chiens s’élancer à la foisIl s’arrêta.— Songeons, se dit-il, à la forceQu’ils trouvent dans leur union,Et changeons notre plan. Sous une rude écorceIl vaut mieux sembler doux, c’est notre opinion.— Je connais ta valeur, elle est incontestable,Et j’ai regret de mon emportement —

Affirme-t-il bientôt, avec serment,À celui des deux chiens qui paraît plus traitable —Mais laisse-moi donner une leçonDe ma façonAu malappris qui m’a jeté l’injure ;Ce sera court, je te le jure.Le chien vanté s’éloigne aussitôt quelque peu,Et l’autre est dévoré malgré tout son courage.— Maintenant, dit le loup, finissons notre ouvrage ;Ce que j’ai fait n’était qu’un jeu,Mon ami, ne vous en déplaise.Et, tombant sur le traître, il l’égorge à son aise.

Ô mes concitoyens qui luttez pour le droit,Je voudrais vous faire comprendreQu’en restant divisés vous vous ferez surprendrePar notre ennemi plus adroit !

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