Le renard et l’ours
Fables canadiennes — 01
LE RENARD ET L’OURS
Un renard qui, je pense, avait eu bonne école,Trouvant une perdrix prise dans un collet,Se dit :— C’est bien à moi ; le chasseur me la voleComme je vole aussi quand je croque un poulet ;Je l’emporte.
Il la prit. Alors un ours morose,Jaloux du bon morceau, lui barra le chemin.Le renard salua son terrible voisinEt voulut s’échapper.— Il me faut autre chose,Lui dit le vieux grognard.— Vous faut-il deux saluts ? demande le renardAvec une peur mal cachée.— Il me faut la perdrix.— Ce n’est qu’une bouchée,Mais, bah ! partageons-la. Je voudrais faire plus…— Je veux tout ; ne fais pas de discours superflus ;Et quand j’aurai croqué cette bête emplumée,Foi d’ours canadien !Si ma faim n’est pas calméeJe te croquerai bien.
— Tu n’auras rien, brigand, c’est moi qui te l’assure,Réplique le renard à son vieux souverain.Et, d’un bond, il recule au bord d’une fissureQu’il vient d’apercevoir au milieu du terrain.— Comment, maraud, tu me jettes l’insulteÀ moi le roi des bois ? dit l’ours tout irrité ;Tu connaîtras bientôt la peine qui résulteD’une telle témérité.— Viens donc, ô roi des bois, je t’attends, et sans crainte :Je suis solide comme un roc.L’ours s’élança. Pour éviter le choc,Le renard, dont la bravoure était feinte,Fit un saut de côté. L’ours tomba lourdementDans l’ouverture béanteEn poussant un gémissement,Et le renard reprit d’une voix obligeante :— Quand vous serez sorti n’oubliez pas, seigneur,De venir me voir tout de suite ;Vous me ferez beaucoup d’honneurEt la perdrix sera bien cuite.
On ne saurait avoir tortDe demander à la ruseCe que la force nous refuseQuand le méchant est le plus fort.
Comments
Loading comments…