Le roseau
Fables canadiennes — 01
LE ROSEAU
Au bord d’une fontaineUn roseau, droit et fier,D’une façon hautaineParlait de sa tige de fer.Or, la brise passa, la brise des prairiesQui porte à chacunLe chaste parfumDes aubépines fleuries.Elle lui dit :
— Fier roseau, courbe-toiDevant moi ;Je suis des airs la souveraine,Je suis ta reine.— Je ne m’incline point, répliqua le roseau,J’ai pour cela trop de noblesse :Si mon refus te blesseVa raconter ta peine à ton ami l’oiseau.La brise méprisa ce discours malhonnête,Et puis continua son volEn forçant l’orgueilleux à courber jusqu’au solSa noble tête.— C’est un caprice puéril,Se dit-il,Auquel, à l’avenir, je saurai me soustraire.Une alouette, alors, comme pour se distraire,Vint se jucher sur luiEt le fit de nouveau plier jusques à terre.Il en eut de l’ennuiMais il voulut se taire,Tout en se promettant de ne se courber plus.
Espoirs superflus !Le flot montant de la rivièreLe courba de toute manière ;Le vent glacé du nordEt du midi la chaude haleineParurent se mettre d’accordAvec les autres vents qui passent sur la plainePour l’humilier aussiSans merci.
Celui qui ne veut reconnaîtreSon vrai maîtreFinit par se mettre aux genouxDe tous.
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