Les deux arbres

Fables canadiennes — 01

LES DEUX ARBRES

Deux arbres à l’épais feuillage,Où l’oiseau chaque soir faisait son babillage,Deux grands arbres étaient voisins :Mais l’un avait passé, dans un vallon sauvage,À l’abri de l’orageDes jours sereins,L’autre, tout au-dessus, au sommet de la côte,Avait été souventFouetté du vent.

— Tu trembles, tu te plains, et c’est bien par ta faute, —Dit, à son vieil ami, l’arbre vert du vallon,Un jour que l’aquilonHurlait au front de la collineEt que l’arbre d’en haut se tordait en tous sens —Descends donc près de moi, pauvre insensé, descends !Ici pas de tempête ; à peine l’on s’incline ;À peine un souffle frais caresse nos rameaux,Et l’on est à l’abri de presque tous les maux.L’autre ne répond pas. Tout entier à la lutte,Il se courbe et se dresse, il s’agite et frémit ;Ses racines de fer au sol qui s’affermitSe cramponnent plus fort pour empêcher la chute.Enfin, malgré le vent qui brise tout,Sur la cime il reste debout.Alors, au fond de la vallée,La tempête ailéePour la première fois s’élance avec fureur,Et, semant partout la terreur,Ainsi que la faulx raseLes épis au temps des moissons,Elle brise, elle écrase,Les grands arbres et les buissons.

L’on ne vaincra jamais l’homme qui sut combattre,Dès le commencement, contre l’adversité ;Mais un souffle, en passant, suffira pour abattreCelui qui n’a jamais lutté.

Comments

Loading comments…