Les deux lampes
Fables canadiennes — 01
LES DEUX LAMPES
Une servante vint, ainsi que de coutume,À l’approche du soir,Pour allumer les lampes du boudoir.Or, la première qu’elle allumeBrille d’une vive clartéAu fond de son tuyau de verre ;La seconde, prenant une allure sévère,Refuse obstinément, même avec dureté,De se laisser couvrir, comme sa sœur aînée,D’une fragile cheminée :
— Pourquoi mettre à mon front cet absurde bandeau ?Voulez-vous cacher ma lumière ?Je me suffis, je pense ; ôtez-moi ce fardeau,Ou je le brûle au point de le mettre en poussière.La servante obéit ; et la lampe, aussitôt,Se mit à dégager, comme dans un tripot,Au lieu d’une clarté pure et toute animée,Une pâle lueur et beaucoup de fumée.
Si tu ne revêts point la douce humilitéTu seras sans éclat comme sans pureté.
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