La mer et le rocher
Fables canadiennes — 02
LA MER ET LE ROCHER
— Je veux aller plus loin, dit la mer orgueilleuseAu rocher debout sur ses bords ;Abaisse-toi, sinon… Je ne suis point railleuse,Et j’éprouve comme un remordsDe m’être tant de fois à tes pieds endormie.Tu pourras me compter comme ton ennemieSi tu ne me laisses courirOù le doux caprice m’entraîne.Abaisse-toi, te dis-je, ou tu vas encourir,Pauvre roc, ma profonde haine.
— À ma place je suis, j’y reste par devoir.Répondit le rocher sans du tout s’émouvoirSi j’allais obéir, ajouta-t-il, tes ondesCouvriraient les plaines fécondesD’un immense voile de deuil,Et je deviendrais ton complice :Renonce à ton caprice,Car je suis le seuilQue tu ne peux franchir, ô mer impérieuse.Jusqu’en ses profondeurs la mer frémit alorsElle fit tout à coup de suprêmes effortsEt s’en vint furieuse,Dans un terrible choc,Se briser en hurlant sur l’immobile roc.
Quelque place qu’on vous confie,Faites votre devoir et demeurez sans peur.La menace ne terrifieQue l’infidèle serviteur.
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