La rose et le papillon

Fables canadiennes — 02

LA ROSE ET LE PAPILLON

Une rose,Nouvellement écloseAu souffle du matin,Mollement se berçait dans un pré de satin,Parmi cent autres fleurs aux teintes les plus douces,Parmi le vert gazon et les légères mousses.Un papillon la vit et devint amoureux.Ces charmants êtres-là — non pas que je les blâme —Dans une petite âme

Renferment de grands feux ;Mais ils sont inconstants presqu’autant que les hommes,Et nous sommesBien plus coupables qu’eux,Je l’avoue à ma honte.Cessons de commenter. Allons, ma muse, conte,En peu de mots si tu le veux,L’histoire tant rediteDe la rose et du papillon.Que chacun la méditeEt craigne de l’amour le cuisant aiguillon.Mon papillon aima. C’est bien dans sa nature,La douce créature !…Allons ! encore une réflexion !Vite, à la question.Il aima follement comme toute jeunesse,Et la rose, sensible à sa brûlante ardeur,Prit un éclat nouveau, comme fait la pudeurQui devient larronnesse.Ce que se dirent ces amantsDans leurs chastes embrassements,Je l’ignore.

Le papillon partit, plus il revint encore,Et la fleurLui donnait chaque jour le parfum de son cœurEt la fraîche roséeQue l’aurore avait déposéeDans son calice vermeil ;Et lui, plein d’un amour pareil,De son aile dorée à la fière corolleFaisait une vive auréole.Un jour il ne vint pas,Et la rose, alarmée,Ne pouvant voler sur ses pas,Pencha sa tête parfumée…Longtemps elle attendit son amoureux divin,Longtemps ce fut en vain.Elle perdit son doux arômeEt jusques au loin, sur le chaume,Ses pétales de feu s’en allèrent mourir.À l’heure où les derniers allaient aussi périr,Elle vit se traîner tout près, dans l’herbe tendre,Un insecte chétif.Son aile dévastée essayait de se tendreEt ne le pouvait plus. Il arriva plaintif

Au pied de sa tige penchéeEt demi-desséchée…C’était le papillon ses dernières amours !D’une lampe, le soir, il avait vu la flamme,Il avait d’une lampe écouté les discours :C’était peut-être infâme,Mais j’ose l’excuser.La lampe le brûla dans son premier baiser.La rose mourante l’accueilleAvec bonté, pourtant,Et lui fait un abri de sa dernière feuille,Parce qu’il était repentant.

La rose qui reste à sa tige,C’est l’amour qui remplit sa noble mission ;La lampe, c’est la passionQui donne le vertige ;Le papillon, c’est nous,Nous pauvres fous

Qui nous moquons de la constancePour voltiger à l’abandon !Heureux lorsque la repentanceNous ramène blessés et nous vaut le pardon !

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