Le jeune renard et le loup

Fables canadiennes — 02

LE JEUNE RENARD ET LE LOUP

Un loup de belle tailleEt de grand appétit,Un bon matin, partitPour faire ripaille ;Mais, par un fâcheux accidentEt malgré sa longue tournée,Il ne trouva de la journéeBien à se mettre sous la dent.

Il s’en allait, baissant la tête,Clopin-clopant et l’œil hagard,Quand il aperçut un renardÀ l’air légèrement honnête.L’accoster polimentFut l’affaire d’un moment :— Si vous vouliez, brave confrère,On irait de sociétéPour manger à satiétéEt même faire bonne chère.Je suis fort et vous êtes fin ;L’on aurait vraiment peu de chanceSi, ne pouvant faire bombance,L’on n’apaisait du moins la faim.— Mon frère, votre idée est bonne :Je signe avec vous un traité,Et vive la fraternité !Mais, pour que le succès couronneSans plus tarder notre projet,Partons ; vous n’aurez pas sujetDe regretter votre démarche.

— Depuis le matin que je marcheJ’ai déjà fait plus d’un bon coup,Reprit le loup.— On a, là-bas, cueilli des pommes,Il doit en rester sur le sol :C’est le temps où rentrent les hommes…Des pommes, c’est toujours un vol ;Allons, ne manquons pas d’en prendre,Dit le renard.— Ô mon mignon,Nous sommes faits pour nous comprendre !Dit le loup à son compagnon.Ils se mirent tous deux en route,N’ayant sur leur succès nul doute.Ils ne trouvèrent pourtant rien,Rien qu’une pomme au fond de l’herbe,Mais elle était vraiment superbeEt valait bienDeux ou trois pommes ordinaires.C’est le renard qui la trouva.

— Donne, lui dit le loup, on vaLa manger sans préliminaires.Le renard aurait bien vouluGarder pour lui la faible aubaine,Mais de son compère gouluIl redoutait la haine.— La voici, fit-il humblement,Partage bien également.— Tu doutes de moi ce me semble ?Reprit le loup avec hauteur.Je ne suis point un ergoteurEt nous partagerons ensembleD’après une équitable loi.Cette pomme sera pour moi,Et toi tu prendras la deuxième.Le marché n’est point hasardeux,Et je suis la justice même.— Mais si l’on n’en trouve pas deux ?

— Alors tu mangeras les restesDe celle-ci.— Bah ! les pommes d’ici,Dit le renard, sont indigestes,Et je m’en vais ailleursChercher des fruits meilleurs.

Dans toute affaire où l’on n’apporteLa plus sincère honnêteté,Le plus fort fait toujours en sorteD’amener tout de son côté.

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