Le loup converti

Fables canadiennes — 02

LE LOUP CONVERTI

Souvent, presque toujours les loups naissent et meurentAvec leur goût sauvage et leurs grands appétits :Les hommes font-ils mieux ? Fort souvent ils demeurent,Au déclin de leurs jours, ce qu’ils étaient petits.Je connus un vieux loup cependant, — par ouï-dire, —Qui vécut longtemps mal, comme font tous les siens,Dévora maint agneau, croqua même des chiens,

Et qui finit par s’interdireLe moindre petit coup de dent.Ainsi son repentir était bien évident.Dès qu’il changea de vieIl fut bien obligé de fuir la compagnieDe ses camarades des bois,Car il aurait hurlé, pour le sûr, quelquefoisS’il n’eut pas fait ce sacrifice :L’occasion, l’exemple, et puis l’heure propice…Il trancha dans le vif et voulut être agneau ;C’était assurément le parti le plus beau.C’est ainsi qu’il faut faire :Ou tout ou rien.Demi-conversion n’est jamais salutaireEt ne fait aucun bien.On le vit à regret, malgré son air austère,Dans le pacifique troupeau ;Car on ignorait si, tout en changeant de peau,Il avait, en effet, changé de caractère.Mais un jour il prouva sa droiture de cœurPar une admirable conduite :Attaqué par des loups, il les mit tous en fuiteEt demeura vainqueur.

En voyant un mouton d’une force pareille,Les vieux loups, en effet, s’étaient dit à l’oreilleTout à coup :Sauvons-nous, c’est l’agneau qui mange ici le loup !

Le persécuteur que la grâce éclaireEt met à genoux dans l’humilité,Devient fort souvent l’appui tutélaireDe la vérité.

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