Le renard et le vieux loup
Fables canadiennes — 02
LE RENARD ET LE VIEUX LOUP
Un renard, rancunier en diable,Suivait depuis longtemps un loup,Se montrait serviableEt le vantait beaucoup :Ce n’était là qu’une mesurePour se venger avec usureS’il en avait l’occasion.La cause de cette rancune, —Pour ne pas faire de lacune
Je dois y faire allusion —Venait d’une pomme superbeQue le renard, dans un verger,Avait trouvée au fond de l’herbeMais qu’il n’avait pas pu manger,Vu que le loup son cher compèreL’avait croquée à belles dents.Il faut que nous soyons prudents,Surtout près d’un faux caractère ;C’est ce que le renard comprit.Il attendit plus d’une année.Le loup devint boiteux, maigritEt n’eut plus qu’une peau tannée.— Viens, lui proposa le renard,On pourrait trouver, par hasard,Quelque douceur pour ta vieillesseDans une ferme de là-bas.— Merci bien de ta gentillesse ;Oui je veux y traîner mes pas,Car les pommes y sont fort bonnes,Dit le loup, je m’en souviens bien.
— Mais si comme alors tu raisonnes,Compère loup, je n’aurai rien.— Ne crains pas de friponnerie :J’ai faim, mais je mourrais plutôtQue pécher par gloutonnerie.Ils furent arrivés bientôtEn face d’une laiterie.— Entrons avec effronterie,Dit le renard rusé,Puisque la porte en est ouverteCe n’est pas malaisé.Le loup, s’efforçant d’être alerteEt ne craignant que le fermier,Voulut bien entrer le premier.Il fit une heureuse trouvaille :Un fromage fort savoureux.Il voulut être généreux :— Tiens, partage cette mangeaille,Dit-il au renard vagabond.
Celui-ci, s’éloignant d’un bond,Sortit et referma la porte :— Merci, fit-il, esprit fécond,Ce morceau-là moi je l’emporte,Toi tu garderas le second ;On ne peut tarder à le faire.Voici les gens de la maison,Bon soir ! Pour te tirer d’affaireCherche quelque bonne raison.
Retiens toujours cette maxime,Ô toi qui veux être roué :Souvent on devient la victimeDe celui que l’on a joué.
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