Les feux Saint-Elme et le phare

Fables canadiennes — 02

LES FEUX SAINT ELME ET LE PHARE

Un soir que l’océan roulait vers son rivage,Avec un bruit sauvage,Ses flots tumultueux,Des aigrettes de flamme, au milieu des ténèbres,Dansaient de toute part, sur les vagues funèbresEt dans les vents impétueux.C’étaient les feux Saint-Elme et les feux Sainte-Claire.Joyeux et vifs,Ils s’approchèrent des récifsOù brillait chaque nuit un phare solitaire.

— Pourquoi ne viens-tu pas avec nous voltiger ?Dirent-ils d’un ton légerÀ l’immobile lumière ;Toi qui pourrais gaîment comme nous flamboyerComment peux-tu dans ce foyerDemeurer ainsi prisonnière ?Le phare répondit :— Pendant qu’en gais faisceauxVous jouez dans les mâts des malheureux vaisseauxQui courent au naufrage,Moi je reste sur le rocherPour leur défendre d’approcher.Je rends l’espoir et le courageAu matelot qui craint la mort ;J’éloigne le danger et je montre le port.

Les vains sectaires de ce monde,Avec leurs doux enseignementsQui changent à tous les moments,Sont pareils à ces feux qui voltigent sur l’onde.

Seul il était hier, seul il sera demain,Sur son roc éternel, dogme catholique,Ce phare symboliqueQui guide dans la nuit le pauvre genre humain.

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