Le chêne et le pommier

Fables canadiennes — 03

LE CHÊNE ET LE POMMIER

Dans un champ, tout auprès de mon humble village,Un chêne déjà grand étalait son feuillageAvec un orgueil mal caché.Il était beau, c’est vrai ; l’on recherchait son ombre ;Mais jamais ne s’était penchéSur les petits son grand front sombre ;Et rien ne gâte la beautéComme la vanité.Un jour un pommier eut l’audaceDe pousser près de lui :

Peut-être comptait-il un peu sur son appui.Il fut bien mal venu :— Bois d’une vile race,Lui cria le chêne offensé,Comment as-tu jamais penséÀ venir dans mon voisinage ?Ne vois-tu pas, mon pauvre ami,Que ta place est parmiLes vilains arbres de ton âge ?— Vous êtes grand, dit le pommier,Je le reconnais le premier,Et sous votre rugueuse écorceVous avez plus de sève et plus de forceQue tous les frêles arbrisseaux ;Vous ne produisez, tout de même,Qu’un fruit d’une amertume extrêmeQue l’on jette aux pourceaux.

Comme le chêne acerbeSur ses rameaux fiersToute âme superbeN’a que des fruits amers.

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