Le songe des trois frères

Fables canadiennes — 03

LE SONGE DES TROIS FRÈRES

Trois frères, une nuit, firent un même songe —Le fait est certain ;Je me garderais bien de vous dire un mensonge, —Or, dès le matin,Chacun d’eux s’empressa de le conter aux autres.Ces bons apôtres,Qui pouvaient se damner pour une pièce d’or,

Avaient rêvé que sur la cime nueD’une montagne assez connueSe trouvait un trésor.Un seul d’entre eux, pourtant, en deviendrait le maître :Celui-là qui, bien entendu,Y serait le premier rendu.Trois rêves si pareils, il faut le reconnaître,Devaient venir d’en haut,Et cela leur parut d’une grande évidence.Chacun regretta bien alors sa confidenceEt se promit de partir au plus tôt.Il arriva qu’ainsi tous les trois dans la plaineS’élancèrent à la fois.Ils coururent longtemps. Ils étaient hors d’haleineQuand ils arrivèrent tous troisDevant une large fissure.Le premier fait un bond, sans calculer d’abord,Et sa jambe, peu sûre,Ne peut atteindre l’autre bord :Il tombe dans le vide ;Le deuxième de peur s’arrête tout livide,S’assied sur une pierre et longtemps reste là ;Le troisième, plus sage,

Cherche un passageQui le mène au delà,Le trouve et gagne,Par un sentier fort imprévu,Le sommet de cette montagneOù gît l’or précieux en son rêve entrevu.

N’agissez pas en téméraire,Sans examiner le danger ;N’allez pas, non plus, vous rangerParmi ceux qui, tout au contraire,Devant quelqu’obstacle puissantDemeurent là tout gémissant.Réfléchissez, je le répète,Et quand vous aurez réfléchiCet obstacle qui vous arrêteSera facilement franchi.

Comments

Loading comments…