Les deux écoliers
Fables canadiennes — 03
LES DEUX ÉCOLIERS
Dans un petit bourg agricoleDeux gars s’en allaient à l’écoleLeurs livres à la main.Ils longeaient le cheminEt, tenant un grave langageQu’ils ne comprenaient qu’à moitié,Ils voulaient échanger le gageD’une indissoluble amitié.
Tout à coup, dans le fond de l’herbe,Tous deux virent un fruit superbe,Une pêche pourpre et velours.Jetant là des livres trop lourds,Chacun d’eux se dépêcheDe courir vers la pêche ;Mais, dans ce grand empressement,L’un tombe avant d’être assez proche,Et l’autre écrase dans sa pocheLe fruit qu’il serre étourdiment.Alors la querelle commence,Et l’un dit avec véhémenceÀ l’autre, décontenancé :— Oui, te voilà bien avancé !Or, si tu m’avais laissé faire,Je l’aurais partagée en frère.Et l’autre, sur le même ton :— Moi je ne suis pas si glouton ;Écoute,Je voulais te la donner toute.Comme ils mentaient tous deux alorsEn parlant ainsi de partage,
Ils se fâchèrent davantage.L’un saisit l’autre à bras-le-corpsEt le pousse avec forceContre un arbre à la frêle écorce.L’arbre tremble et, sur le gazon,Les pêches tombent à foison.Devant une pareille aubaineLes gars sentent mourir leur haine :— Que nous sommes fous, dirent-ils,Et peu subtils !D’une façon grossièreNous nous emportons ;Nous nous disputonsUn fruit tombé dans la poussière,Pendant qu’un arbre auprès de nousEn porte tant et de si doux !
Si les hommes de tous les âgesVoyaient avec attentionL’objet de leur contention,Il ne se diraient pas plus sagesÀ tous égardsQue ces deux gars.
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