Le flûtiste et le carcajou

Fables canadiennes — 04

LE FLÛTISTE ET LE CARCAJOU

Dans la forêt, un jour, un poète flûtisteS’enfonça pour herboriser.Il était donc de plus, un peu naturaliste,Me direz-vous ? C’est vrai. L’on voit s’harmoniserLes beaux-arts avec la science ;L’esprit qui voit un peu veut davantage voir ;Et plus l’homme est puissant plus il a conscienceD’un suprême pouvoir.Donc un flûtiste, un jour, un flûtiste poète,Un peu naturaliste aussi, je le répète,

Cherchait, dans les grands bois,Des mousses, des fougères,De ces fleurs qui parfoisVêtent des robes étrangères.Il tomba soudain dans un trouPlein de feuilles, de branches mortesEt d’ossements de toutes sortes.C’était le lit d’un carcajou.Le fauve s’élance et s’accroche,Suivant sa façon,Au rameau le plus prochePour se jeter de là sur le pauvre garçon.Mais celui-ci prend aussitôt sa flûteEt fait redire aux bois des chants mélodieux.La bête dans son cœur sent une étrange lutte,Puis le voile de sang qui recouvrait ses yeuxPetit à petit se déchire ;Elle soupire,Descend de l’arbre et vient comme pour implorerCelui que tout à l’heure elle allait dévorer.

Les paroles de paix et la douceur de l’âmeOnt désarmé plus d’ennemisQue la force brutale ou les discours de flammeN’en ont jamais soumis.

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