Le paysan et les moineaux
Fables canadiennes — 04
LE PAYSAN ET LES MOINEAUX
Dès le matin de la journée,Un paysan, la peau tannéePar le soleilEt le cœur en éveil,En invoquant la Providence,Semait, en abondanceEt d’une adroite main,
Dans les sillons tiédis, le plus pur de son grain.Des moineaux qui faisaient leur gentil babillageEnsemble ou tour à tourDans le feuillage,D’alentour,Le virent tout à coup et, d’une aile rapide,En bande intrépideVolèrent vers lui.— Veux-tu, lui dirent-ils nous donner aujourd’huiLa nourriture ?La vie est dureEt rien ne pousse encor dans les champs déflorés.— Mangez, mes pauvres éplorés,Répondit le semeur ; saccagez mon domaine ;Je ne voudrais faire de peine,Ni gros ni peu,Aux oiseaux du bon Dieu.Et les moineaux mangèrent,Puis gaîment voltigèrentDe buissons en buissonsEn disant leurs chansons.
Plus tard le grain, sorti du germe.Comme une nappe d’or s’étendit sur la ferme,Et nul n’aurait pu devinerQue les oiseaux là-même étaient venus glaner.Mais, un jour de l’été, les insectes nuisiblesMordirent les tiges sensibles,Et les riches épis, sur le point de mûrir,Allaient mourir,Quand les moineaux de la vallée,Prenant ensemble leur volée,Vinrent s’abattre sur les champsEt dévorer les insectes méchants.
Non, le bien que vous faitesNe sera point perdu ;Mais ne laissez jamais vos âmes inquiètesChercher comment il vous sera rendu.
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