Le testament du vieux célibataire
Fables canadiennes — 04
LE TESTAMENT DU VIEUX CÉLIBATAIRE
Un vieux célibataire —Cela se voit encor —N’essayait plus de taireQu’il possédait de l’or,Car, sa longue existenceAllant se consommer,Il fallait bien nommer,Sans plus de résistance,Un légal héritier.
Or, la sollicitudeBien plus que d’habitudeL’entoura tout entier.Cela se comprend vite :L’or, hélas ! nous inviteMieux que la charité !Une fatalité,Ou bien l’inadvertance,Fit qu’en la circonstanceNotre homme recherchéTomba tête premièreAu fond d’une rivière ;Mais il fut repêchéAvant de rendre l’âme.Il eut juste un momentPour faire testament ;C’était dans le programme.On crut que sa faveur,On crut que sa fortune.Puisqu’il en avait une,Seraient pour son sauveur :Il n’en fut pas de même,Il ne lui légua rien.
Il donna tout son bien,Par volonté suprême,À quelqu’un, fin matois,Qu’il avait autrefoisD’un péril fort minimeDélivré par orgueil,Et qu’il nommait une victimeFinement volée au cercueil.
La vanité voilà le fond de ta nature,Pauvre être humain !Tu vantes aujourd’hui ta bonté, ta droiture,La vanité te rend ingrat demain.
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