Le vanneur et le blé
Fables canadiennes — 04
LE VANNEUR ET LE BLÉ
Sur les airéesDe gerbes doréesLes fléaux, tour à tour,Tombaient depuis le point du jour,Et, sous les épis vides,Les blés de toutes partsÉtaient épars ;Mais les graines perfidesBien trop abondammentSe mêlaient au froment.
Selon son ordinaire,Pour vanner le grain,Le vanneur s’avance dans l’aireLe front serein ;Il met dans le van et le cribleIvraie et luzerne et blé mûr,Agite tout de son bras sûr,Rejette la graine nuisible,Verse le blé dans le boisseau,Et puis commence de nouveau.Alors il est témoin d’une drôle de chose :Le blé qu’il veut nettoyer oseContre lui s’emporterEt dans ces termes l’insulter :— Fais cesser mon supplice,Misérable tyran !N’agite plus ce vanQui devient ton complice.— Grand Dieu ! dit le vanneur, ai-je bien entendu ?Mais vois donc quelle est ta démence :Avec la mauvaise semence,Si tu n’es pas vanné, tu seras confondu.
— Et que m’importe ?— Puisque tu parles de la sorteVa de l’ordure augmenter les monceaux :Tu serviras d’aliment aux pourceaux ;Mais le blé que j’épureEt qui souffre humblementL’épreuve du momentSera ma nourriture.
Qui ne sait pas vanner son cœurSe marque d’un sceau de malheur.
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