L’ormeau prodigue
Fables canadiennes — 05
L’ORMEAU PRODIGUE
Un orme avec orgueil agitait son feuillageOù les oiseaux venaient chanter :— Quand on est comme moi l’on peut bien se vanterDe ne pas craindre le pillage,Disait-il, et l’on est toujours beau, toujours vert.Une brise passa qui lui prit une feuille,Mais il s’en moqua bien ; il n’avait pas souffert.
Une en plus une en moins que l’on perd ou recueille,Quand on est bien feuillu, que peut faire cela ?Une autre brise s’envolaAvec une autre feuille encore.L’arbre riait toujours, disant :L’arbre riait toujours, disant : — Pourquoi sévir ?Non, ce n’est pas ainsi qu’on pourra me ravirLe beau voile qui me décore.Chaque souffle pourtant le dépouillant un peu,Il dut de son erreur faire un bon jour l’aveu.
Quelques vertus que l’on possèdeOn les perdra bientôt si l’on n’en prend grand soin.La richesse fait place assez tôt au besoinQuand en aveugle l’on procède.Une faible dépense épuise un gros budgetQuand elle est faite à tout sujet.
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