La non-intervention

Fables canadiennes — 05

LA NON-INTERVENTION

Les gloutons partirent en guerreContre les visons,Et l’on ne sut guèrePour quelles raisons.Comme nous quelquefois les bêtesAiment à faire des conquêtesEt tout prétexte est bon alors.Peu rompus à la discipline,Les visons dont l’esprit incline

À la paix au dedans à la paix au dehors,Éprouvèrent quelques défaites,Et, sur les entrefaites,Requirent l’aide du renard.Celui-ci répondit d’un ton fort goguenard :— Je crois que le glouton, en effet, anticipeS’il a l’intentionDe réunir la faune en une nation ;Mais je n’interviens pas à cause du principeDe la non-intervention.Les visons malheureux n’eurent pas plus de chanceAuprès de maître loup.Ils furent dispersés ; ce fut leur déchéance,Ce fut le dernier coup.Le glouton orgueilleux se plut à donner suiteÀ ses brillants projets :Il lui fallait d’autres sujets.Il traqua le renard, le prit ou mit en fuiteSans même lui dire pourquoi.Et puis qu’aurait pu faireUn long discours en cette affaire ?Chacun, d’après la grande loi,

Ne doit-il pas demeurer coiPendant qu’on immole son frère ?Les loups eurent leur tour aussi,Mais leur perte fut bien légère,Car les méchants entre eux ne sont pas sans merci.

Ne pas intervenir quand le puissant accableLe faible qui s’épuise en un pénible effort,C’est au lieu de l’amour admettre l’implacable,Au lieu du plus loyal acclamer le plus fort.

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