Le cheval malade
Fables canadiennes — 05
LE CHEVAL MALADE
Un cheval bien connu dans plus d’une paroisseÉtant tombé malade, un jour,Une profonde angoisseAccabla, paraît-il, les chevaux d’alentour.Ils quittèrent leurs écuriesPour venir visiter leur ancien compagnon,L’appelèrent mignon ;Lui jurèrent que les prairies,Depuis qu’il était alité,Avaient perdu toute gaîté.
Tant de bonnes parolesConsolaient le pauvre animalMais ne guérissaient point son mal.Pendant ce temps l’avoine, à pleines casseroles,Les bottes de foin,Les litières de pailleÉtaient servis avec grand soinAux amis qui faisaient ripaille.Le médecin était venu.C’était un sage méconnuQui de son grand savoir ne faisait point parade.— Je vois bien, lui dit le maladeAvec émoi,Que c’est fini de moi :Cependant je mourrais sans peineS’il ne me fallait pas laisser autant d’amis.— Consolez-vous, dit l’autre, et mourez bien soumis ;Votre espérance est vaineSi vous comptez sur leur appui.Ils ont tout dévoré votre humble patrimoine,Et si la mort, mon cher, ne vous prend aujourd’hui,N’ayant plus de foin ni d’avoine,
Vous mourrez de faimDemain.
Ne mettez pas votre joieÀ compter des amis nombreux,Que votre cœur plutôt s’emploieÀ les choisir généreux.
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