Le taureau et la fourmi

Fables canadiennes — 05

LE TAUREAU ET LA FOURMI

Un taureau qu’irritait la moindre agacerie,Seul dans une prairie,Paissait tranquillement.— Ce serait, pensait-il, oui, ce serait vraimentChose bien singulièreQue l’on put me troubler ici.Tout en pensant ainsiIl se mit à brouter sur une fourmilière.

Les fourmis, comme de raison,Sortirent fort épouvantéesDe leurs cachettes éventéesEt s’enfuirent sous le gazon.Cependant l’une d’elles,Qui se moquait bien des querelles,Mordit sur le naseauL’irascible taureau.L’animal fit un bond, ouvrit grand son œil morne,Beugla d’une voix sourde et, du bout de sa corne,Cherchant à déchirer la petite fourmiQui le traitait en ennemi,Il déchira l’argile.Pendant qu’il s’épuisait ainsi dans son courroux,L’insecte agileSe promenait gaiement sur son large front roux.

Quoi de plus insensé que ces accès de rageÀ propos de rien ou contre un être chétif ?Gardez votre vigueur, gardez votre couragePour adversaire digne ou pour digne motif.

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