Soirs d’été

Le Parnasse contemporain — 1876

Dans le ciel du couchant, délicat, tendre et clair,Une étoile faisait trembler sa douce flamme,Et tes yeux souriants et calmes avaient l’airDe laisser transparaître et luire ta chère âme.

Dans ton petit jardin nous marchions pas à pas,Et moi je savourais l’émotion profondeDe sentir sur mon bras s’abandonner ton bras.Oh ! dis ! — nous croyais-tu, comme moi, seuls au monde ?

Nous nous sommes assis sous un arbre tranquille,Et, là, je t’embrassais en silence et longtemps,Tandis que j’écoutais frémir la grande villeAutour du frais enclos qu’embaumait le printemps.

Je ne sais quel chagrin t’avait un peu pâlie ;Et, me voyant ainsi triste et silencieux,Tu te laissas gagner à ma mélancolie,Et comme pour dormir tu fermas tes deux yeux.

Tu pourras m’oublier, et je pourrai vers d’autresPorter un cœur changeant qui t’appartint un jour ;Mais ce pur souvenir des soirs qui furent nôtresSurvivra dans nos cœurs à l’inconstant amour.

Plus que les baisers fous, plus que les nuits d’ivresse,Plus que les mots brûlants balbutiés tout bas.C’est la pure, l’intime et suave caresseQu’avec plus de regrets tu te rappelleras,

Comme je te verrai toujours dans ma penséePencher sur mon épaule avec tant de douceurTa tête confiante, amicale et lassée.Ce soir où je t’aimais comme on aime une sœur.

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