Coples

Les Contrerimes

Le sable où nos pas ont crié, l’or, ni la gloire,Qu’importe, et de l’hiver le funèbre décor.Mais que l’amour demeure, et me sourie encorComme une rose rouge à travers l’ombre noire.

Toi qui blessas Vénus, ah, si Vénus te blesse,Diomède, bénis sa force, et sa faiblesse.

Tant de travail, docteur, pour découvrir enfinQue l’Être se nourrit, et meurt de pourriture ?Ah ! Cesse, à tes fourneaux, d’avilir la nature :Ce n’est que songe et fleurs dont nos âmes ont faim.

Quoi, c’est vrai, tu m’aimas, qui de moi fus aimée ?Amour, divine flamme ; amour, triste fumée…

Scarabée amoureux, qu’un enivrant délice,Et la rose brûlée aux feux de MessidorCaptivent, tu n’es pas, ni dans cette ombre d’or,Le premier qu’on ait vu mourir d’un beau calice.

Que ce fut douce, hélas ; que c’est lointaine chose,Votre jupe bleu−lin, et ce transparent rose.

Hélas, rien ne varie ; et quoi qu’on ait coutumeD’en dire, tout est comme à son commencement.Les fruits n’ont pas changé d’odeur, ni mêmementLes femmes de mensonge, ou Thétis d’amertume.

Mopse prétend pécher contre l’Esprit : c’est êtreBien fat. Pour l’offenser, il faudrait Le connaître.

Tel qui soula de sang ses rêves et son fer,Aujourd’hui pardonné, son opprobre s’efface.C’est ainsi que sur nous Dieu fait tonner Sa grâce.Ne force pas qui veut les portes de l’enfer.

Vénus hait le soleil. Sous le couvert éclose,Jadis à son cœur noir m’enivrait une rose.

Lorsque Timour partit avec sa femme en croupeD’un cheval comme lui boiteux mais fier encor,Son épée à ton cœur subtil battait d’accord,Daoude aux longues mains. Et tu portais sa coupe.

Bénarès, dont le nom est rempli de parfums,Je n’ai vu, sur tes bords, fumer que trois défunts.

Qu’importe si l’automne a fané le séjourOù nous avons brûlé, Faustine, aux mêmes flammes.Je sais d’autres secrets pour endormir les âmes ;Et ma chambre de nacre irise encor le jour.

L’amour n’est plus. Le jour viendra−t−il que j’oublie,Nouvel et noir venin, ta puissante folie ?

Boy, une pipe encor. Douce m’en soit l’aubaineEt l’or aérien où s’étouffent les pasDu sommeil. Mais non, reste, ô boy : n’entends−tu pasLe dieu muet qui heurte à la porte d’ébène ?

Tout autour de la lampe à deux fois ralluméeLes papillons d’émail sont ivres de fumée.

Quand les os sont pareils à des roseaux légers ;L’heure, comme une flûte au bord de la prairie :Pavots de pourpre, ô vous dont l’ombre s’est fleurie,Défendez−nous du jour et des pieds étrangers.

Brouillard de l’opium tout trempé d’indolence,Robe d’or suspendue aux jardins du silence.

Invisibles regards qu’on sait qui nous verront,Fumée où se dérobe une présence abstraite,Les flambeaux ont noirci. Quel mystère s’apprête,Qui met une sueur d’épouvante à mon front ?

La dure alcôve au bénarès est parfumée,À s’y pourrir le cœur. Venez, ô bien−aimée.

Dans ce charnier d’amants qu’a dévorés la Chine,Où tu glapis ton cœur sur leurs os corrompus,N’es−tu pas lasse encor d’opium ni de pus,Hyène jaune, à qui frémit sa haute échine ?

Ô nuit parmi les nuits de laque et de vermeil,Es−tu l’aurore, — ou les degrés d’un noir sommeil ?

— « Contemple un autre monde » a chuchoté la fée,Cependant que les murs s’entr’ouvraient devant moi,Découvrant Londre aux ombres d’or, son triste émoi,Et la pendante Hécate, au ciel, sanglant trophée.

On dirait une main qui chiffonne un linceul.Qui donc vient de parler tout bas ? Serais−je seul ?

Cette averse, Badoure, où ma langueur balanceÀ t’émouvoir, s’éloigne ainsi qu’un messager.Écoutes−en tarir le battement légerDans nos cœurs, et l’amour s’enchanter de silence.

Quoi, nul amour encor ne t’enseigna ses veilles,Paradis que n’ont pas animé les abeilles ?

Admire des glaïeuls l’écarlate pointu,Et, sous le noir cyprès, cette glycine encore.Ça, c’est un ibiscus, dont le cœur se décoreD’une touffe d’or vert. C’est vrai : pourquoi ris−tu ?

Toi qu’arment les pavots de leur sombre vertu,Karahissar, Karahissar, que me veux−tu ?

Paradis d’ombre fraîche et de chaleur extrême,Où murit la grenade, et, non loin du jasmin,Cette double pastèque agréable à la main :Badoure, il n’est jardin que des fleurs où l’on aime.

Madame, qui l’eût dit que dans vos bras habiteAmour si tristement et subie, et subite ?

Je me rappelle un jour de l’été blanc, et l’heureMuette, et les cyprès… Mais tu parles : soudain,Je rêve, les yeux clos, à travers le jardin,D’une source un peu rauque, et qu’on entend qui pleure.

Stendhal, si revenait ta blonde Chastellux,Mes crayons à la peindre en deviendraient poilus.

— tout ce réseau, cette ombre, invisible séjourD’un amour que trahit ton sourire et ta robenous cache…— Mainte fleur au regard se dérobe,Ami.— Plus d’un corail rougit au loin du jour.

C’est la R. H. Ellen De Northeambrie,Qui m’avait fait cadeau de ce mouchoir de poche.

Presque une enfant encor, mais déjà grande et belle,Je vis un jour ses pleurs, par l’orgueil retenusÀ force rejaillir, comme les joyaux nusQue fait naître le fer, d’une source rebelle.

J’adore les magasins du passage Choiseul,C’est un véritable divertissement pour l’œil.

Arc vermeil, mais des arcs le plus lâche en sa corde,Ignorant à me vaincre autant que de plierSous la flèche qui chante, ah, traîne ta discordeDe la maison Tellier à la maison Sohlier.

Augagneur va parler. France est à la campagne :Nous n’aurons aujourd’hui ni Colbert, ni Montaigne.

Tu m’avais dit : « je t’embrasserai, si tu veux,Dans le parc. » Je suivis, sous la basquine blanche,Tes pieds vifs. Dans l’air d’or, où sonne un beau Dimanche,Des papillons volaient autour de tes cheveux.

— Agnès, pleurer ? Dit Charle. Oui, quand à Marly mouilleRa la pluie. Il faudrait…— Boire ! dit la Trémoïlle. —

La mer étincelait ainsi qu’une gitaneSous ses volants d’azur où scintille le fer ;Et tu m’as dit : « Que je suis lasse de la mer.Venez : l’heure est plus douce à l’ombre du platane. »

Heure céruléenne, et vous, regards couverts :Émeraude fondue, Aden, de tes soirs verts.

Toi dont pendent les fleurs au rivage de Loire,jardin harmonieux, que je hais la forêtNoire et verte, et des bois où le faune apparaîtL’épouvante cachée à l’ombre de leur gloire.

Jardin qu’un dieu sans doute a posé sur les eaux,Maurice, où la mer chante, et dorment les oiseaux.

Alger, ville d’amour, où tant de nuits passéesM’ont fait voir le henné de tes roses talons,Tu nourrissais pour moi, d’une vierge aux doigts longs,L’orgueil, et l’esclavage, et les fureurs glacées.

Salut, Côte−Rotie, et toi, rouget trilibre,Qui remplissez le ventre, en laissant le cœur libre.

Ces arondes de jade, et l’or qui les emmancheDans mes cheveux — qu’un soir ton amour délia,Je te les donne en souvenir. Quand il y aDu brouillard, il les faut polir avec ta manche.

En l’an 1910 de phrases — et du Christ,Nous nous sommes, ma chère enfant, beaucoup écrit.

Sous le soir jaune et vert nous ne reviendrons pasLe long du chemin creux qui penche vers Bilhère,Faustine. Ni, du bois embelli de bruyère,L’argile n’a gardé la forme de tes pas.

De faire amant ensemble, ah, c’est un doux barême :La fille couche avec, et la mère les aime.

Le Mardi gras, ni toi, ni moi, nous n’étions gais.Des carreaux où du ciel le jour semblait descendreSur notre âme, on eût dit qu’il pleuvait de la cendre :— « Ah, ah ! t’écriais−tu parfois en portugais.

Mopse, pour tous émoluments, longtemps vécutDe coups de pied au cul.

Voici que j’ai touché les confins de mon âge.Tandis que mes désirs sèchent sous le ciel nu,Le temps passe et m’emporte à l’abyme inconnu,Comme un grand fleuve noir, où s’engourdit la nage.

Esclave, mais non pas de l’homme, et qu’au matinÀ peine de ta vie, accable le destin.

Tu as beau me parler de vieillesse, ah, que n’ai−jePareil déclin. Mais toi, dessous tes cheveux blancs,On dirait, à ton cœur grave et tes gestes lents,D’un roseau qui s’incline, où pèse un peu de neige.

Madame Récamier. Pour un sourire d’elleOn vit Chateaubriand cesser d’être infidèle.

Ces moires dont Zéphire incline la prairie,Ou si quelque déesse invisible a passé,Ainsi courait Camille. Ainsi passa Marie :Sur l’herbe et dans mon âme, ô méandre effacé.

On rit, on se baise, on déjeune…Le soir tombe : on n’est plus très jeune.

Cette fraîcheur du soir, qu’on dirait que tamiseUne émeraude, a fait se joindre tes genoux,Et tu sembles moins nue ainsi. Mais, entre nous,Ton mari te dirait : « comme vous voilà mise. »

Ah, mon frère aux beaux yeux, ce n’est pas sans douceurCe n’est pas sans péril, que tu serais ma sœur.

Elle est noire, c’est vrai. Corail ni jamerosesNe rient dans sa figure, où l’or non plus des blés.Mais, les charbons sont noirs comme elle. Allume−les :On dirait un buisson de roses.

Eh, jeûnes à ta faim d’aimer si le déboireTe suffit. Mais c’est être fou de ne plus boire.

Dessous le flamboyant qui couvre l’herbe nueD’un dôme violet, où je vous vois encorFraîche comme l’eau vive en un brûlant décor,Jeanne aux yeux ténébreux, qu’êtes−vous devenue ?

Que je t’aime au temps chaud, la sœur et bientôt mûreD’un fruit couleur de feu sous la verte ramure.

Ne crains pas que le temps sçache les cieux briser ;Ni qu’en ses mains varient les fleurs ou les Empires.Rien ne change. Le même lys tu le respiresQu’autrefois Cléopâtre, — et le même baiser.

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa… Jusqu’au jour où l’un vint voir l’autre, et le tapa.

Le divin parfum de Chine emplissait la chambre.Soudain, secouant les pleurs de l’hiver mouillé,Tu parus, Faustine. Ah ! Que n’est−ce encor Décembre,Et toi, hors de ton linge épars, lys effeuillé.

Sous ta paupière bleue, Albe, ton regard d’or :Tel palpite l’éclair aux nuits de Messidor.

Des bords du canal noir où tu quittas ton linge,Le noir tchocra te guette avec des yeux luisants,Floryse. Au loin blanchit la mer sur les brisants,Parfois sur Chamarel on voit passer un singe.

Va, laisse notre amour en paix : du feu de joieMourant, n’agite pas la cendre qui rougeoie.

Il m’en souvient : ta robe claire dans l’allée.Le fleuve dont le soir éclairait le détour— Tel un sabre, la nuit, qui brille — et sous la tour,Cette sinistre voix au vent du nord mêlée.

Il n’est plus, ce jour bleu — ni ses blanches colombes —Ce jour brûlant, où tu m’aimas parmi les tombes.

Mère d’un seul amour, ô Vénus Uranie,Je te sacre d’un bras d’onze lustres glacé,Ma coupe, et cette lyre où chanta l’Ionie,Et le style d’or pur qui mon rêve a tracé.

Ô femmes, dites−moi, dans la nuit qui passez,Ce qu’à travers vos yeux pleurent les trépassés.

Vieillesse, lendemain d’amour, tristes ébats…Sur les carreaux d’azur rampait la fleur du givre.Un arlequin caduc pleure. Est−il las de vivre ?Va, nous dormirons tous. Mais les lits, c’est plus bas.

Filles de la fumée, à qui l’aube décenteRougit de voir le jarret nu, la main pressante.

Le soleil se levait dans un ciel sans nuage.L’aube aux tendres couleurs se mirait dans les eauxUn râle épouvanté courut dans les roseaux,Qui prit pour un serpent la corde de halage.

Mon chien s’appelait Tom, et ma chienne Djaly.Ah, que de noms pompeux méritaient mieux l’oubli.

Spongieux, panaché de bambous, triste, plat,S’étendait sous nos yeux le Delta d’émeraude.Quelqu’un avait porté du bon yunnam de fraude :Vos regards étaient pleins de rêves et d’éclat.

Ciel ! Isadora DuncanVa danser. F… ons le camp.

Comme je lui levais sa jupe, curieuxDe voir son bas plus rose où le jarret l’affleure,— « Fumez plutôt, mon cher. Fleurter, ce n’est pas l’heure »,Me dit−elle immobile, « et soyons sérieux ».

Eh quoi, le monde tourne, et mon bol, et ce livreQue je tiens dans ma main. Ô ciel tu es donc ivre ?

Nous fumâmes toute la nuit. Puis un boy vintPour ouvrir la fenêtre. Une aurore embauméeEntra, chassant la nuit, les rêves, la fumée.— « Une encor, dit Scilla. Ça fera juste 20. »

Sous le ciel noir, j’entends les fruits tomber, Faustine,Temps n’est plus ni printemps de te chanter matine.

L’ombre, ni le mystère enchanté des fontaines,Et l’éclair noir du merle, ou l’auberge aux murs bas :Je n’ai rien oublié. Non plus quand tu courbasCe front trop orgueilleux, que paraient deux antennes.

Telle qu’étincelait sa gorge un soir de fête,Pétris ma coupe. Et puis signe : Douris m’a faite.

Nous bûmes tout le jour, un autre — et, le suivant,Dans l’ombre un luth chanta qui disait que l’on m’aime.Hélas vous varierez, ô Badoure. Moi−mêmeNe suis−je las d’aimer ? Poussière, et toi du vent ?

La demoiselle, de vieillesse, est presque morte.Elle frissonne encore un peu : le vent l’emporte.

Ne cherche pas l’amour en dehors de soi−même.L’infini se mesure à son seul infini,Et la métaphysique en sait moins que NiniQuand au frisson du myrte elle répond : je t’aime.

Ce qu’il fait, Z. a cru longtemps que c’est des vers.Avez−vous jamais lu de la prose à l’envers ?

Je songe aux plats sucrés de ma vieille Detzine,Et du service Empire en son jaune marli.Un lamba madécasse enveloppait mon lit,Sous le pastel usé d’une affreuse cousine.

Le bouc et la brebis enfantent le titire.Mais le musmon, de chèvre et de bélier, se tire.

Le tournebroche à poids qui réglait la cuisines’est tu, comme le dur et noir magnolierOù grimpait en chantant ma petite voisine.L’ombre des cyprès tourne. Est−ce pour oublier ?

Pour un cuino, se mettre à trois, ah c’est beaucoup.Le bélier seul et toi suffirez à ce coup.

La guirlande n’est plus, ni le brun violier,Qu’un arome qui meurt au fond de ton armoireÀ glace. Que ne puis−je aussi bien oublierun acide parfum qui perce ma mémoire.

Toi dont un tendre cœur, sous son ferme corsage,N’a jamais fait un fol… ah, tu n’es pas bien sage.

Le parc ruisselle encore, où l’averse a passé,Badoure. Approche−toi. Non, laisse, que je goûteCe bruit voluptueux d’un orme qui s’égoutte :Tel est le pleur furtif d’un plaisir effacé.

J’ai connu dans Séville, une enfant brune et tendreNous n’eûmes aucun mal, hélas ! à nous entendre.

Dans l’océan des nuits où l’œil plonge et s’enchanteDiane vient laver la poudre des combats.Et vous, plus nue encore, ô belle, parlez bas :Il n’est voix de la nuit qu’au rossignol qui chante.

Ô Diane, ô nuit pure où chante un rossignol,Ô belle, nue et blanche, en ce lit espagnol

Dans quelle Inde nouvelle, ou que ce soit demainEndormi ton caprice et ton âme envolée,A−t−elle su guérir la crueur de ta plaie,Et ce cœur nostalgique où se portait ta main ?

Sous le double ornement d’un nom mol ou sonore,Non, il n’est rien que Nanine et Nonore.

Derrière les deux tours qui gardent son manoir,Entre son fou qui raille et sa dame au cœur ferme

le roi boit.Tout à coup une voix crie : « on ferme ! »Nous tombons. Quelqu’un clôt le couvercle. — Il fait noir.

Étranger, je sens bon. Cueille−moi sans remords :Les violettes sont le sourire des morts.

Ici repose Henry de Bruchard ; si la cendreDormait, d’un si beau feu. Trahi dans son propos,France, il tomba, le jour qu’il ne te pût défendre ;Comme un fer suspendu, qu’outrage le repos.

Gloire aux victorieux. Mais, de celui qui tombe,Laurier, que ton frisson enveloppe la tombe.

C’est Dimanche aujourd’hui. L’air est couleur du miel.Le rire d’un enfant perce la cour aride :On dirait un glaïeul élancé vers le ciel.Un orgue au loin se tait. L’heure est plate et sans ride.

Nuit d’amour qui semblais fuir entre deux dimanches.Tel un grand oiseau noir dont les ailes sont blanches.

Si vivre est un devoir, quand je l’aurai bâclé,Que mon linceul au moins me serve de mystère.Il faut savoir mourir, Faustine, et puis se taire :Mourir comme Gilbert en avalant sa clé.

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