Dixains

Les Contrerimes

Nane, as−tu gardé souvenirDu Panthéon−Place CourcelleQui roulait à cris de crécelle,Sans au but jamais parvenir :Du jour où te sculptait la briseSous ta jupe noire et cerise ;De l’impérial au banc haut,Où se scandait comme un ïambeLa glissade avec le cahot,— Et du vieux qui lorgnait tes jambes ?

Église de Saint−Augustin,Au porche maigre, à l’ample dômeDont les cloches seraient à RomeBeaucoup mieux qu’ici, le matin,Si ta circonspecte opulenceIgnore cette violenceQui nous abyme en oraison,C’est que Dieu même est resté tristeQu’on prît pour bâtir sa maisonUn architecte calviniste.

Si ta grande ombre, ô Moréas,Revient aux cabarets des HallesParmi les filles de trois ballesEt leurs gitons complets à l’as,Puissé−je au soir d’un beau Dimanche,Près de l’homme à la souris blanche,À l’Ange ou dans l’affreux Caveau,Entendre encor ta voix cuivrée :Telle, de sagesse enivrée,Une cigale, au renouveau.

Chandelier toujours sans chandelleMais qu’il y faudrait trop de suif,Atricaille à revendre au JuifEt qui fais peur à l’hirondelle :Qu’Eiffel ait trouvé ton schémaDans les marais de PanamaÇà vaut−il à jamais qu’en France,Sous couleur de parler sans filAux nègres de l’île−à−Morfil,Ta laideur soit sans espérance ?

« — Non, ce taxi, quelle charrette.C’est sous les toits, votre entresol ?Je t’aime… oui c’est un tournesol…Si tu savais comme il me traite :Des claques voilà mes cadeaux !Je croyais n’être jamais prête.… Çà ? C’est moi. Laissez les rideaux. »« — Le cœur vous est bien en dentelle. »« — Mais il faut une heure », dit−elle,« Rien qu’à me lacer dans le dos. »

L’un vainqueur ou l’autre battu,Ces beaux soldats qui vous ont faiteGardaient jusque dans la défaiteLe sourire de leur vertu.Vous, pour avoir rendu les armes,Je vous trouve fondue en larmesEt qui m’insultez entre tant.Que si l’on doit, toute sa vie,Déplorer l’éclair d’un instant,Mieux vaut coucher sur son envie.

Industrieux fils de DédaleQui ressuscitez dans Paris —Pourquoi, j’y entrave que dale —Tant de singes en vain péris ;Et de quoi sert que Dieu les tueSi vous nous fichez leur statue ?Il faut vivre, se faire un nom.— Eh ! Qui de savoir s’évertue,Par la racine ou non,Comment vous mangez la laitue.

Sur le canal Saint−Martin glisse,Lisse et peinte comme un joujou,Une péniche en acajou,Avec ses volets à coulisse,Un caillebot au minium,Et deux pots de géraniumPour la picarde, en bas, qui trôle.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Je rêve d’un soir rouge d’or,Et d’un lougre hindou qui s’endort :— Siffle la brise… eh toi ! Créole.

Ce pavé que l’Europe fouleEst gras encor du suif des morts.Leurs os, qui n’ont plus de remords,Y dorment au pas de la foule,D’un sommeil noir, à pleins paniers.— Dors−tu, Cathau, loin des charniersOù tes crapauds, sous l’herbe verte,Enchantaient le cœur des passants :Toi qu’un jour l’aube, aux Innocents,Trouva nue, et la gorge ouverte ?

Qu’Allard, sur la caricatureDe ce malcuit, de ce Dolet,Aille râler du Michelet,Que le vieux Sçavant s’aventureÀ débrouiller son plagiat —Dieu les garde ! Mais tant y aQu’un éditeur c’est bon à prendre.Et nos aïeux, en ayant unSous la main, le menèrent pendre :Ainsi soit de tout importun.

Tant pis si Boulenger m’attrape,Je n’irai plus à ChantillyPâmer sur un lièvre assailliPar deux chiens à la forte gueule,Sauf à vous y trouver encor,Fille de France au ciel d’accord.Telle — et le printemps nous présage —L’onde où tremble un pur paysageN’est si délicieux décorQue ses rêves sur son visage.

Puisque tes jours ne t’ont laisséQu’un peu de cendre dans la bouche,Avant qu’on ne tende la coucheOù ton cœur dorme, enfin glacé,Retourne, comme au temps passé,Cueillir, près de la dune instable,Le lys qu’y courbe un souffle amer,— Et grave ces mots sur le sable :Le rêve de l’homme est semblableAux illusions de la mer.

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