Satires — Prologue

Translated from Latin by Louis-Vincent Raoul

D’où me viendrait cette chaleur soudaineQui brûle au sein des enfans d’Apollon ?Ai-je dormi sur l’Hélicon,Ou me suis-je abreuvé, dans le sacré vallon,Des eaux de sa docte fontaine ?Je ne m’en souviens pas, et je laisse Pirène,J’abandonne le double montÀ ces poètes dont le frontAime à se couronner des palmes d’Hippocrène.Toutefois de ces grands auteurs,Rustique et simple encore, osant suivre l’exemple,Je viens aussi, dieu puissant des neuf sœurs,Déposer mes vers dans ton temple.Quel maître au perroquet, à la pie, au corbeau,En façonnant leur voix rauque et sauvage,Pour imiter notre langage,Leur sut prêter un accent nouveau ?La faim qui donne le génie ;

La faim qui, d’un organe inflexible et muet,Parviendrait à tirer la plus douce harmonie.Oui, faites briller un trésor,Et soudain à l’éclat de l’or,Vous verrez corbeaux et corneillesVers le Pinde prendre l’essor,Et des chants d’Apollon égaler les merveilles.

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