Prologue (Borel)

Voici, je m’en vais faire une chose nouvellequi viendra en avant ; et les bêtes des champs, lesdragons et les chats-huants me glorifieront.

Quand ton Petrus ou ton PierreN’avait pas même une pierrePour se poser, l’œil tari,Un clou sur un mur avarePour suspendre sa guitare,Tu me donnas un abri.

Tu me dis : — Viens, mon rhapsode,Viens chez moi finir ton ode ;Car ton ciel n’est pas d’azur,Ainsi que le ciel d’Homère,Ou du provençal trouvère ;L’air est froid, le sol est dur.

Paris n’a point de bocage,Viens donc, je t’ouvre ma cage,Où, pauvre, gaiement je vis ;Viens, l’amitié nous rassemble,Nous partagerons, ensemble,Quelques grains de chenevis. —

Tout bas, mon âme honteuseBénissait ta voix flatteuseQui caressait son malheur ;Car toi seul, au sort austèreQui m’accablait solitaire,Léon, tu donnas un pleur.

Quoi ! ma franchise te blesse ?Voudrais-tu que, par faiblesse,On voilât sa pauvreté ?Non, non, nouveau Malfilâtre,

Je veux, au siècle parâtre,Étaler ma nudité !

Je le veux, afin qu’on sacheQue je ne suis point un lâche,Car j’ai deux parts de douleurÀ ce banquet de la terre ;Car, bien jeune, la misèreN’a pu briser ma verdeur.

Je le veux, afin qu’on sacheQue je n’ai que ma moustache,Ma chanson et puis mon cœur,Qui se rit de la détresse ;Et que mon âme maîtresseContre tout surgit vainqueur.

Je le veux, afin qu’on sache,Que, sans toge et sans rondache,Ni chancelier, ni baron,Je ne suis point gentilhomme,Ni commis à maigre sommeParodiant lord Byron.

À la cour, dans ses orgies,Je n’ai point fait d’élégies,

Point d’hymne à la déité ;Sur le flanc d’une duchesse,Barbottant dans la richesseDe lai sur ma pauvreté.

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