Madame Durand

Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises

Quel est le dieu qui m’inspireDe chanter l’auguste royQui, de tout ce qui respire,Cause l’amour ou l’effroy :Est-ce le dieu de la Thrace,Dont Louis, suivant l’audace,Nous fit trembler tant de fois ?Est-ce Thémis ou Minerve,Dont sans relasche il observeEt les vertus et les loix ?

Non, c’est le dieu du PermesseQui, m’agitant à son gré

Par sa sainte et douce yvresse,Me transporte au mont sacré.J’y vois ce fils de Latone,Sa docte cour l’environne.O qu’ils ont un noble employ !Ils enchantent les oreilles,Par les brillantes merveillesQu’ils racontent de mon roy.

Qu’il est grand, fier, redoutable,Dit le chantre souverain ;Que son œil est formidableQuand la foudre est en sa main !Qu’il est humain, qu’il est sage !La justice est son partage,Respondent les doctes sœurs.Qui de nous, dieux que nous sommes,Mieux que lui pourroit des hommesConnoistre et gagner les cœurs ?

Ainsi, sur la docte riveIls célèbrent ses exploits ;De la nature attentiveLeurs chants suspendent les loix.Aquilon est sans haleine,Les claires eaux d’HippocrèneS’écoulent sans murmurer,Écho doucement respire.Et près de Flore, ZéphireN’ose même souspirer.

Ma seule voix, plus hardie,Trouble, par ses foibles sons,

La céleste mélodieDe leurs divines chansons.Le dieu, daignant me sourire,Baisse le ton de sa lyre,Pour s’accorder avec moy :Nous chantons d’intelligence.Dans le héros de la France,L’honneste homme et le grand roy.

L’Équité tient sa balanceQuand il punit les forfaits,L’auguste MagnificenceEsclate dans ses bienfaits.Le célèbre dieu du Tage,Dans le sang d’un roy si sage,Cherche et trouve son appuy ;Jaloux rivaux de sa gloire,Tremblez, je vois la VictoirePreste à voler après luy.

Lorsque l’affreuse BellonneFait flotter ses estendars,A pleines mains il moissonneLes lauriers du champ de Mars.Il n’est remparts, il n’est digues,Il n’est complots, il n’est liguesCapables de l’arrester.Veut-il tout réduire en poudre ?Un moment le voit résoudre,Entreprendre, exécuter.

L’amitié, la confiance,La bonne foy, la candeur,

Sans nuire à sa prévoyance,Trouvent place dans son cœur.Dans le calme ou dans l’orage,Vit-on jamais son courageS’endormir ou se troubler ?N’eut-il pas, dès son aurore,Les vertus que l’on adoreEt celles qui font trembler ?

Tel que, d’un bras invincible,Il abbat les nations,Tel, plus grand et moins terrible,Il dompte ses passions.L’impénétrable Prudence,L’héroïque PatienceLe rendent maistre de tout ;Et la fière Destinée,Par luy soumise, enchaisnée,Ne veut que ce qu’il résout.

L’esclatante Renommée,Attentive à nos concerts,D’un nouveau zèle animée,S’eslance au milieu des airs.Son vol est noble et rapide,La Vérité qui la guideDans tous les cœurs lui fait jour ;Et, des lieux les plus sauvages,Elle attire des hommagesA l’objet de nostre amour.

Comments

Loading comments…