Mademoiselle Deshoulières

Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises

Quel sort au mien est comparable ?Tous mes jours sont marqués par de nouveaux malheurs ;De quels crimes suis-je coupable ?Ciel ! ne suis-je ici-bas que pour verser des pleurs ?A tes ordres sans cesse et soumise et fidelle ,J’ai toujours de tes loix respecté le pouvoir ;L’excès de ma douleur mortelleLivrera-t-il mon cœur à l’affreux désespoir ?

D’un torrent de malheurs ma vie est traversée ;On diroit, en voyant dans cet heureux séjourLes peines, les ennuis où je suis exposée,Et le funeste sort de mon fidèle amour,Que du ciel, contre moi, la bonté courroucéeMe partage à regret la lumière du jour.

Cependant cet amour, si fidèle et si tendre,Toujours sur mon devoir a réglé ses désirs ;Hélas ! à d’innocens plaisirsQuel cœur, plus que le mien, eut plus droit de prétendre ?

Quel cœur sentit jamais de plus vives frayeurs,Lorsque la tendre PhilomelleAnnonça, par ses chants, le retour des horreursQue Bellone, en courroux, traîne en foule après elle ?

Arbres, ruisseaux, charmantes fleurs,Quel cœur brûla jamais d’une flamme plus belle ?Et vous, vastes forêts, témoins de mes douleurs,Et dont tout ici renouvelleDe mon funeste sort les constantes fureurs ;Quelle aventure plus cruelle,Quelle mort, quel amant mérita mieux mes pleurs ?

Je ne viens point rappeler sous vos ombresCe que Tircis eut de charmant.L’horreur qui suit la mort de mon amantM’attire et me retient dans vos demeures sombres.Seule dans ces forêts, loin du monde et du bruit,J’abandonne mon cœur à sa douleur mortelle ;Et je goûte à longs traits les maux qu’elle produitDans un cœur accablé, malheureux et fidelle.

Toi, par qui les mortels rendent leurs noms célèbres ;Toi, que j’invoque ici pour la première fois,De mon esprit confus dissipe les ténèbres,Et soutiens ma timide voix.Le projet que je tente est hardi, je l’avoue ;Il auroit effrayé le peintre de Mantoue,Et j’en connois tout le danger.Mais, Apollon, par toi si je suis inspirée.Mes vers pourront des siens égaler la durée ;Hâte-toi, viens m’encourager.

A peine a-t-il calmé les troubles de la terre,Que ce sage héros consulte avec la paixLes moyens d’effacer les troubles de la guerrePar de mémorables bienfaits.Il dérobe les cœurs de sa jeune noblesseAu funestes appas d’une indigne mollesse,Compagnes d’un trop long repos.France, quels soins pour toi prend ton auguste maîtreEt qu’ils vont pour jamais dans ton sein faire naîtreUn nombre infini de héros !

Dans un superbe enclos où la sagesse habite,Où l’on suit des vertus le sentier épineux,

D’un âge plein d’erreur mon foible sexe éviteLes égaremens dangereux.D’enfans infortunés cent familles chargéesDu soin de les pourvoir se trouvent soulagées :Quel secours contre un sort ingrat !Par lui ce héros paie, en couronnant leurs peines,Le sang dont leurs aïeux ont épuisé les veinesPour la défense de l’État.

Ainsi dans les jardins on voit de jeunes plantes,Qu’on ne peut conserver que par des soins divers,Vivre et croître à l’abri des ardeurs violentesEt de la rigueur des hivers :Par une habile main sans cesse cultivées,Et d’une eau vive et pure au besoin abreuvées,Elles fleurissent dans leur tems :Tandis qu’à la merci des saisons orageuses,Les autres, au milieu des campagnes pierreuses,Se flétrissent dès leur printems.

Mais quel brillant éclair vient de frapper ma vue ?Qui m’appelle ? Qu’entends-je, et qu’est-ce que je voi ?Mon cœur est transporté d’une joie inconnue :Quels sont ces présages pour moi ?Ne m’annoncent-ils point une je verrai la chuteDes célèbres rivaux avec qui je disputeL’honneur de la lice où je cours ?Que de gloire, et quel prix ! Si le ciel me l’envoie,Le portrait de Louis, à mes regards en proie,Les occupera tous les jours.

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