Mademoiselle Masquières
Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises
C’est ici le tombeau de la sage Masquière ;Pour elle au roi des rois, passant, fais ta prière.Son esprit, éclairé d’une douce clarté,Fut rempli de solidité.Ses vers furent ornés d’une noble élégance ;Et l’on vit ses vertus, ses talents, sa science,Couronnés par la piété.
Cessez, stoïque paganisme,De nous vanter votre vertu :Votre fastueux héroïsmeD’un vain éclat est revêtu.Par un fol orgueil, vos faux sages,Dans les douleurs, dans les outrages,
Ont su retenir leurs sanglots.Un beau nom flattoit leur audace :C’est par le secours de la grâceQue se forment les vrais héros.
Une grêle de pierres vole,Etienne s’en voit accablé ;De l’injuste arrêt qui l’immole,Son cœur ferme n’est point troublé.Vous, dont la fureur criminelleNe sert qu’à redoubler son zèle,Cruels bourreaux, cessez vos coups ;Écoutez sa voix presqu’éteinte,Qui, toujours muette à la plainte,Demande au ciel grâce pour vous.
En vain de l’Eglise naissanteL’enfer attaque le berceau ;Le sang des martyrs la cimente :Il en naît un peuple nouveau.De mille orages agitée,Plus l’Eglise est persécutée,Plus les chrétiens sont triomphants ;Par leur perte elle est établie :Son empire se multiplieDans les cendres de ses enfants.
Tyrans, dont le cœur est esclaveDe tout ce qui frappe les sens,Une jeune fille vous braveEt rend vos efforts impuissants.Employez menaces, promesses ;Ni vos rigueurs ni vos caresses
Ne peuvent changer ses désirs ;Et, malgré vos poursuites vaines,Elle sait mépriser les peinesEt l’attrait des plus doux plaisirs.
Quel supplice affreux se prépare :De regards le cirque entouréRepaît d’un spectacle barbareUn peuple de sang altéré.Sortant d’une sombre tannière,L’ours grince sa dent meurtrière,Le lion agite ses flancs ;À l’envi leur rage s’anime,Ils dévorent de leur victimeLes membres épars et sanglants.
Transports d’une brutale haine,Vos forfaits partout détestez,Font rougir la nature humaineDe l’excès de vos cruautez.Plus tigre que les tigres mêmes,Aveugle en ses fureurs extrêmes,L’homme ne connoît point de frein ;Souvent leur furie impuissanteRespecta la proye innocente,Livrée à leur avide faim.
Qu’il est beau de voir au martyreUne mère amener ses fils !De la nature qui soupire,Elle étouffe les tendres cris.Fruits généreux de mes entrailles,Pour l’honneur du dieu des batailles,
Mourez ; que votre sort est doux !Allez au ciel remplir vos places.Dans l’ardeur de suivre vos traces,J’y serai bientôt avec vous.
Vains tombeaux, riches mausolées,Qu’à ses rois éleva Memphis,De vos grandeurs aux pieds foulées,Que sont devenus les débris ?Hautes et fières pyramides.Malgré vos fondements solides,Le temps a pu vous terrasser ;Et nos Catacombes célèbresRenferment d’augustes ténèbresQue la piété va percer.
Régnez au-dessus de nos têtes,Saints et magnanimes guerriers ;Qu’en tous lieux de superbes fêtesHonorent vos sacrés lauriers.Le triomphe suit la victoire ;Jouissez en paix d’une gloireQui vous élève aux plus hauts rangsVivez ; votre immortelle vieNe peut plus vous être raviePar la malice des tyrans.
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