Mesdemoiselles Dupré et de la Vigne

Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises

Que ne la gardiez-vous cette lyre galante,Généreux inconnu ? Pourquoi me la donner ?Ah ! c’est sous votre main délicate et savanteQu’elle doit résonner.

Du moins, pour me la rendre encor plus précieuse,Il falloit à mes yeux soudain vous découvrir,Et ne me pas cacher cette main généreuseQui daignoit me l’offrir.

Souvent mon cœur, flatté par la fausse apparence,Presqu’en tous mes amis croit vous apercevoir ;Et pour eux, tour à tour, sent la reconnoissanceQue je crois vous devoir.

Quelle tranquillité ne le cède à la vôtre ?Quoi, jamais de vos droits vous ne serez jaloux,Et vous voudrez toujours que je donne à quelqu’autre ?Ce qui n’est dû qu’à vous ?

Pour vous, je le promets, j’aurai de la tendresse,Pourvu que vous vouliez bientôt vous présenter.Peut-être est-il des gens qui, par cette promesse,Se laisseroient tenter.

Croyez-moi, montrez-vous, tandis qu’à vous connoîtreOn me voit employer mille soins superflus ;Vous viendrez par malheur vous découvrir peut-être,Quand je ne voudrai plus.

Honteuse, quelque jour, de me voir engagéeÀ la tendre amitié qu’aujourd’hui je promets,Je crains de souhaiter, dans mon ame changée.De ne vous voir jamais

Déjà de ma promesse en secret je soupire.Je sens qu’à la tenir il y va trop du mien ;Et, si vous me laissez le temps de m’en dédire,Je ne réponds de rien.

Que votre austérité m’excuse,Si j’ose, à l’inconnu, parler si tendrement.Entre nous, ce n’est qu’une ruse.Pour le tirer plus tôt de son déguisement.Ma promesse est un peu hardie ;Mais à la faire, Iris, je ne cours nul hasard.Je lui dirai, s’il vient : Je me suis repentie,Et vous venez trop tard.

Usez de quelqu’autre finesse.La grandeur de votre promesseFait que je n’en croirai personne sur sa foi.Pour gagner cette récompense,Est-il un honnête homme en FranceQui ne vous dise pas : C’est moi ?

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