Chanson (Corneille, II)
XIVChanson.
Voyez la courte notice de la pièce précédente. Voyez aussi la fin de celle de la pièce I, ci-dessus, p. 25.
Si je perds bien des maîtresses,J’en fais encor plus souvent,Et mes vœux et mes promessesNe sont que feintes caresses,Et mes vœux et mes promesses 5Ne sont jamais que du vent.Quand je vois un beau visage,Soudain je me fais de feu ;Mais longtemps lui faire hommage,Ce n’est pas bien mon usage ; 10Mais longtemps lui faire hommage,Ce n’est pas bien là mon jeu.J’entre bien en complaisanceTant que dure une heure ou deux ;Mais en perdant sa présence 15Adieu toute souvenance ;Mais en perdant sa présenceAdieu soudain tous mes feux.Plus inconstant que la lune,Je ne veux jamais d’arrêt : 20La blonde comme la brune
En moins de rien m’importune ;La blonde comme la bruneEn moins de rien me déplaît.Si je feins un peu de braise, 25Alors que l’humeur m’en prend,Qu’on me chasse ou qu’on me baise,Qu’on soit facile ou mauvaise,Qu’on me chasse ou qu’on me baise,Tout m’est fort indifférent. 30Mon usage est si commode,On le trouve si charmant,Que qui ne suit ma méthodeN’est pas bien homme à la mode,Que qui ne suit ma méthode 35Passe pour un Allemand.
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