Stances (Corneille, II)

LVIIIStances.

Ces stances, publiées pour la première fois à la page 89 de la cinquième partie des Poésies choisies de Sercy, et réimprimées aux pages 205 et 206 des Œuvres diverses, sont adressées, ainsi que les pièces XLVII, LI et LVI, à la du Parc, qui, comme nous l’avons dit, était connue sous le nom de la Marquise, et désignée parfois par Corneille sous celui d’Iris. Un critique ingénieux, M. Édouard Fournier, les a fort spirituellement encadrées dans une anecdote charmante (voyez ses Notes sur la vie de Corneille, p. ciii-cvii). Regardant la dernière stance comme ajoutée après coup, et se fiant trop à une tradition fort contestable, il a cru que cette pièce avait été composée pour Mme de Motteville en réponse aux railleries d’une jeune marquise ; mais le lien très-naturel et très-étroit qui unit ces stances aux autres pièces adressées à la du Parc ne permet pas d’admettre cette explication.

Marquise, si mon visageA quelques traits un peu vieux,Souvenez-vous qu’à mon âgeVous ne vaudrez guère mieux.Le temps aux plus belles choses 5Se plaît à faire un affront,Et saura faner vos rosesComme il a ridé mon front.Le même cours des planètesRègle nos jours et nos nuits : 10On m’a vu ce que vous êtes ;Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmesQui sont assez éclatantsPour n’avoir pas trop d’alarmes 15De ces ravages du temps.Vous en avez qu’on adore,Mais ceux que vous méprisezPourroient bien durer encoreQuand ceux-là seront usés. 20Ils pourront sauver la gloireDes yeux qui me semblent doux,Et dans mille ans faire croireCe qu’il me plaira de vous.Chez cette race nouvelle 25Où j’aurai quelque crédit,Vous ne passerez pour belleQu’autant que je l’aurai dit.Pensez-y, belle Marquise :Quoiqu’un grison fasse effroi, 30Il vaut bien qu’on le courtise,Quand il est fait comme moi.

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