Stances (Corneille, IV)

Que vous sert-il de me charmer ?Aminte, je ne puis aimerOù je ne vois rien à prétendre :Je sens naître et mourir ma flamme à votre aspect ;Et si pour la beauté j’ai toujours l’âme tendre, 5Jamais pour la vertu je n’ai que du respect.

Vous me recevez sans mépris,Je vous parle, je vous écris,Je vous vois quand j’en ai l’envie :Ces bonheurs sont pour moi des bonheurs superflus ; 10Et si quelque autre y trouve une assez douce vie,Il me faut pour aimer quelque chose de plus.

Le plus grand amour sans faveur,Pour un homme de mon humeur,Est un assez triste partage : 15Je cède à mes rivaux cet inutile bien,Et qui me donne un cœur, sans donner davantage,M’obligeroit bien plus de ne me donner rien.

Je suis de ces amants grossiersQui n’aiment pas fort volontiers 20Sans aucun prix de leurs services,Et veux, pour m’en payer, un peu mieux qu’un regard ;Et l’union d’esprits est pour moi sans délices,Si les charmes des sens n’y prennent quelque part.

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