Je n’oublirai jamais ce que m’ont dit vos yeux
Les Opalines
JE N’OUBLIERAI JAMAIS CE QUE M’ONT DIT VOS YEUX !
Je n’oublierai jamais ce que m’ont dit vos yeux !Ce que m’ont dit vos yeux subitement sincères,Dans le petit chemin qui monte et qui se serreAu flanc de la colline en ruban broussailleux.Ce que pendant vingt ans il vous a plu de taire,Ce que personne n’a seulement soupçonné,En ce soir attiédi d’automne à peine né,Vous l’avez par oubli laissé tomber par terre.Et moi, pieusement, je me suis incliné,Et je l’ai ramassé, ce secret que je porte,Et je l’ai ramassé, tout comme une fleur morte,En vous disant merci de me l’avoir donné.
Donc je sais aujourd’hui qu’apparemment comblée,Vous portâtes vingt ans dans votre cœur profondL’immense solitude aux vides horizons,Que vous fûtes vingt ans en vous-même exilée.Oui, je sais aujourd’hui que passa votre étéAinsi qu’en travesti, vêtu d’habits de soie,Le chapeau d’allégresse et le masque de joie,Comme un malade las que l’on aurait fardé.Je sais tout maintenant, puisqu’en ce soir d’automne,Au choc sur votre cœur d’une feuille qui chut,Vous me l’avez ouvert, tout saignant et déçu,Tandis que vos lèvres disaient : « Ça vous étonne ! »Ô charme délicat d’un aveu féminin !Jamais je n’oublierai le sentier qui chemineAnimé par instant d’une verve gamineParmi le crépuscule et le long du ravin.Je n’oublierai jamais cette larme furtiveOù s’irisaient, je crois, vos rêves trépassés,Et que je vis, tombant, choisir pour la bercerUn menu brin tremblant de bruyère attentive.
Oh ! je le garderai votre don précieux !Si nombreux soient les ans que le destin me donne,Tant qu’on verra jaunir, madame, des automnes,Jamais je n’oublierai ce que m’ont dit vos yeux !
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