L’art de demain

Les Opalines

L’ART DE DEMAIN

Je songe quelquefois, aux soirs des vains efforts,À cet art de demain, énigmatique encor,Qui tressaille pourtant dans le fond de notre âmeComme un proche avenirEt la tourmente ainsi que tourmente une femmeL’enfant qui va venir.Parés de quels habits, formules inconnues,L’Art que nous attendons descendra-t-il des nues !Je ne sais, mais déjà dans l’aube se levantJ’entends, plus léger qu’elle,Quelque chose, confus, qui frémit dans le vent,Comme un battement d’ailes.

Qu’est-ce que rabâcher toujours les mêmes chants !Depuis bien trop longtemps nous paissons sur des champsQu’ont broutés avant les époques en allées !Puissions-nous sans retardCesser d’errer en vain dans les vieilles alléesAinsi que des vieillards.Sans cesse rajeunir et rajeunir sans cesse,Être un jardin en fleurs où les fleurs ne décessent,Marcher, marcher toujours et se renouveler,C’est un destin beau commeUn rêve qu’un fou seul oserait formuler,Et c’est celui de l’homme !Oui, c’est celui de l’homme et qu’appellent nos cœurs !À ce siècle qui s’ouvre en de fraîches splendeursEt s’en va le front ceint de promesses sans nombre,Il faut, il faut un art,Une neuve clarté, qui surgisse de l’ombreEt qui soit son regard !Chaque temps la connut, cette clarté superbe,Depuis les plus lointains, enfants encore imberbes,

Chaque temps la connut, hors le temps d’aujourd’hui.Le passé s’en décore,Et des siècles défunts plus d’un dedans la nuitEn resplendit encore.Chaque temps le connut, cet homme surhumain,Qui le domina tout et le tint dans sa main,L’homme qui résuma son siècle en son génie.Serions-nous donc les seulsQui nous engloutirions, sans même une agonie,Dans l’oubli du linceul !Non, nous sommes trop grands pour périr de La sorte !Notre art est dans son œuf : il faudra qu’il en sorte !Et vous verrez alors, vous qui sonnez le glas,Ce dont l’espoir m’enchante !Un siècle aussi puissant, cygne au splendide éclat,Ne meurt pas sans qu’il chante !Non, nous n’avons pas d’art, non, nous n’en avons pas !Nous bégayons à peine et nous comptons nos pas,Nous attendons sans verve un avenir informe,Epuisés, dites-vous,Mais si nous attendons, c’est un colosse énormeQui soit digne de nous !

Ah ! quand t’abattras-tu, l’Homme encore hypothèse,Qui porteras notre art sous ton aile, en synthèse ?Quand t’abattras-tu donc, comme ceux d’autrefois,Au sein de notre attente.Et sur le temple en ruine où se meurent nos fois,Bâtiras-tu ta tente ?C’est ce que chaque soir je cherche au ciel écrit,Ce que je cherche en vain, en étouffant un criD’angoisse !… en l’étouffant, tant la peur me tourmenteQue le plus léger bruitNe trouble, Énormité, ton Verbe qui fermenteDans le calme des nuits.

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