L’offrande à Bruges

Les Opalines

L’OFFRANDE À BRUGES

J’ai vu sous le voile fragile et pâleDont l’enveloppait le ciel bleu tantôtDame Bruges en sa robe ogivale,La dame Bruges au très vieux manteau.Je la vis, dont le geste se signe,Accoudée au bord de canaux dormants,Où glissent, hiératiques, des cygnes,Qu’on dirait issus d’un enchantement.Je la vis et crus reconnaître UrsuleDont la légende d’un esprit touchant,Très naïve et magnifique, circuleTout autour de la châsse de saint Jean,

Je la vis et la trouvai si belle,Si grande dame aux si jolis atours,Et si simple en même temps que pour elleMon cœur s’alluma d’un fervent amour.Non point de cet amour qui bat aux tempes,Brutal et bref, mais d’un autre immortelQui brûle doucement comme une lampeEn prière humble devant un autel.Il eût dû toujours garder le silence,Cet amour trop fou rien que d’être né.Il le fut soudain jusqu’à la démence ;Savez-vous le conseil qu’il m’a donné ?« Il te faut parler, il te faut tout dire,L’amour ignoré n’est pas de l’amour,Et quel sentiment te pourrait interdireÀ dame Bruges de faire la cour.»Vite j’acceptai — c’est à reconnaître —« Dame Bruges, dis-je, aux longs doigts si fins,Vous qui, seule, vous ennuyez peut-être,Dame Bruges, voudriez-vous ma main ? »

J’attendis. — Mais Bruges, où tout repose,Ne me parut pas avoir entendu.Toujours est-il qu’hermétiquement close,Dame Bruges ne m’a pas répondu.(Bruges, juillet 1907.)

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