Les Champs Élysées
Les Opalines
LES CHAMPS ÉLYSÉES
Calmes, majestueux entre leurs larges bords,Emerveillés d’un crépuscule, ardente chose,Qui s’émiettait, splendide, en une poudre d’or,Ils montaient largement dans une apothéose.Apothéose énorme et que chevauchait l’ArcDans l’immobilité de sa tranquille gloire,Porte phénoménale et s’ouvrant sur un parc :L’immensité du ciel aux grands champs de victoire.L’Avenue avait, ouverts, d’énormes accès.Une fièvre coulait en son artère, intense ;C’était Paris passant, le luxe et le succès,Comme un flot pressé qui sans compter se dépense.
Je regardais passer ce flot, toujours plus fort.Je regardais là-bas, symbole des batailles,Où doit s’ensanglanter cruellement l’Effort,Le ciel rougissant de blessures d’entrailles.Alors, cheveux au vent, dans l’ombre où je passais,J’eus un cri puissant, sourd, que n’entendit personne,Un cri qu’on aurait cru le hurlement d’essaiDu jeune fauve qui fait peur, et s’en étonne.Et puis tout frémissant d’espoirs sans bornes, tous,Je montai l’Avenue en un besoin de vivre !Ma jeunesse exultait, m’énervait les genoux :L’avenir s’allongeait devant moi : j’étais ivre !Un rêve fulgurant, comme une volonté,Me saisit au cerveau. Fantastique secondeOù je jurai sur place et sans même hésiter,De conquérir Paris, c’est-à-dire le monde !Enfant !… Que voulais-tu de plus que tu n’avais !Il te fallait tenter d’étonnantes prouesses !Que ne te voyais-tu marchant quand tu rêvais :La gloire, tu l’avais : mais c’était ta jeunesse !
Depuis… le rêve est loin. Devant mes pas lassésQui ne vont plus joyeux en des rumeurs de fête,Je vois s’agrandissant l’ombre de mon passéDéjà plus grand que moi, me dépassant la tête.Depuis !… L’àge a coulé, le ciel s’est obscurci,J’ai poursuivi l’espace et la gloire rebelle !Depuis !… Mon avenir, dame, s’est rétréci,Mais l’avenue, énorme, est toujours aussi belle !
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