Poème 10
Les Amours (1553)
Je pai mon cœur d'une telle ambroisie,Que je ne suis a bon droit envieusDe cette là qui le Pere des dieusChés l'Ocean, friande, rassasie.
Celle qui tient ma liberté saisie,Voire mon cœur dans le jour de ses yeus,Nourrit ma faim d'un fruit si precieus,Qu'autre apareil ne paist ma fantaisie.
De l'avaler je ne me puis lasser,Tant le plaisir d'un variant penserMon apetit nuit & jour fait renaistre.
Et si le fiel n'amoderoit un peuLe dous du miel duquel je suis repeu,Entre les dieus, dieu je ne voudrois estre.
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