Poème 139
Les Amours (1553)
J'irai toujours, & révant, & songeantEn la douce heure, où je vis l'angelette,Qui d'esperance & de crainte m'alaitte,Et dans ses yeus mes destins va longeant.
Quel or ondé en tresses s'allongeantFrapoit ce jour en sa gorge nouvelette ?Et sus son col, ainsi qu'une ondeletteFlotte aus zephyrs, au vent alloit nageant ?
Ce n'étoit point une mortelle femmeQue je vi lors, ni de mortelle dameElle n'avoit, ni le front, ni les yeus :
Donques, mon cœur, ce ne fut chose etrangeSi je fu pris : c'étoit vraiment un AngeQui pour nous prendre etoit volé des cieus.
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