Poème 154
Les Amours (1553)
En ma douleur, las chetif, je me plais,Soit quand la nuit les feus du ciel augmente,Ou quand l’Aurore enjonche d’AmarantheLe jour melé d’un long fleurage épais.
D’un joieus dueil sans faim je me repais:Et quelque part ou seulet je m’absente,Devant mes yeus je voi toujours presente,Celle qui cause & ma guerre & ma pais.
Pour l’aimer trop egalement j’endure,Ore un plaisir, ore une peine dure,Qui d’ordre egal viennent mon coeur saisir:
Et d’un tel miel mon absynthe est si pleine,Qu’autant me plait le plaisir que la peine,La peine autant comme fait le plaisir.
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