Poème 158
Les Amours (1553)
Contre le ciel mon coeur étoit rebelle,Quand le destin, que forcer je ne puis,Me traina voir la Dame à qui je suis,Ains que vestir cette escorce nouvelle.
Un chaut adonc de moëlle en moëlle,De nerfs en nerfs, de conduits en conduits,Vint à mon coeur: dont j’ai vescu depuis,Or en plaisir or en peine cruelle.
Si qu’en voiant ses beautés, & combienElle est divine, il me resouvint bienL’avoir jadis en paradis laissée:
Car des le jour que j’en refu blessé,Soit pres ou loin, je n’ai jamais cesséDe l’adorer de fait ou de pensée.
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