Poème 191

Les Amours (1553)

Ren moi mon cœur, ren moi mon cœur, pillarde,Que tu retiens dans ton sein arresté :Ren moi, ren moi ma douce libertéQu'à tes beaus yeus, mal caut, je mis en garde.

Ren moi ma vie, ou bien la mort retarde,Qui me devance au cours de ta beautéPar ne sai quelle honneste cruauté,Et de plus pres mes angoisses regarde.

Si d'un trespas tu paies ma langueur,L'âge à venir maugreant ta rigueur,Dira sus toi : De cette fiere amie

Puissent les os reposer durement,Qui de ses yeus occit meurtrierementUn qui l'avoit plus chere que sa vie.

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