Vie de Solon
Translated by Dominique Ricard
Les Vies des hommes illustres
Je viens de Salamine ; et je vais vous chanterLes beaux vers qu’Apollon a daigné me dicter.
Commence par offrir de pieux sacrifices,Sur les bords d’Asopus honore ces hérosDont le soleil couchant éclaire les tombeaux :Et que des vœux ardens te les rendent propices.
Ajax, de Salamine amenait les héros ;Sous un chef si vaillant marchaient douze vaisseaux ;Il alla les ranger auprès de ceux d’Athènes.
À la poupe placé, le gouvernail en main,De ce vaisseau flottant assure le destin,Tous les Athéniens te seront favorables.
Si je n’ai point voulu, tyran de ma patrie,En usurpant ses droits voir ma gloire flétrie,Je ne m’en repens point : par ce noble refusJ’ai de tous les mortels surpassé les vertus.
Que Solon a manqué d’esprit et de prudence !Les dieux lui présentaient la suprême grandeur ;De la plus belle proie il avait l’assurance ;Pour tirer le filet il a manqué de cœur.Il n’en faut plus douter, sa folie est extrême :Maître de posséder les plus riches trésors,N’eût-il dû qu’un seul jour, portant le diadème,Être écorché tout vif, voir tous ses parens morts,Et pour toujours enfin sa race exterminée,Devait-il rejeter sa haute destinée ?
Ceux qui, le cœur rempli d’une douce espérance,De me plaire d’abord se montraient si jaloux,Ne roulent aujourd’hui que projets de vengeance,Et fixent tous sur moi des yeux pleins de courroux.
N’eût pu d’un peuple altier réprimer la licence,Qu’il ne l’eût épuisé, réduit à l’indigence.
Malheureux ! peux-tu bien songer au mariage ?
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