Pour le conducteur

Joyeux propos de Gros-Jean

POUR LE CONDUCTEUR

L’épouse de Gros-Jean était venue en villeUn samedi, jour de marché.Pour s’éviter de trop marcherVoilà qu’en « p’tits chars » elle file :Elle a parents à visiter…Choses qu’elle doit acheter…Elle se hâte… elle s’empresse…Elle précipite ses pasQuoiqu’elle porte avec tendresseUn beau gros bébé dans ses bras.Dans un des tramways de la ville,De ceux, je crois, du « Bout de l’Isle »Elle avait pris place à l’avant.

* * *

Le poupon, tout à coup, crevantDe soif, bruyamment braille et clame.On dirait qu’il va rendre l’âme.

La maman veut le consoler,Sur ses genoux le sautiller,Mais en vain ; l’enfant crie et pleure.La mère, alors, mise en demeure,Sans fausse honte, mais bravement,Au petit fournit l’aliment.Voilà que bientôt il s’apaise,Désaltéré, bien à son aise,Il promène un œil satisfaitAutour de lui, puis, gaîment jase,Pendant qu’une goutte de laitPerle comme au bord d’un vaseAu coin de son menton rosé.Il voudrait bien causer !Mais la mère veut qu’il finisse.Elle le presse donc et lui dit :— Ho ! dépêche-toé,’Vangélisse !…Mais il babille et lui sourit.Derechef elle l’admonesteEt le menace de ce geste,Comme pour lui faire une peur :— Si tu t’dépêches pas, mon cœur !M’a l’donner au conducteur !

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