Henri de Régnier

Le Livre des masques

Le temps triste a fleuri ses heures en fleurs mortes,L’An qui passe a jauni ses jours en feuilles sèches.L’Aube pâle s’est vue à des eaux mornesEt les faces du soir ont saigné sous les flèchesDu vent mystérieux qui rit et qui sanglote.

Je sais de tristes eaux en qui meurent les soirs ;Des fleurs que nul n’y cueille y tombent une à une…

L’Aube fut si pâle hierSur les doux prés et sur les prêles,Qu’au matin clairUn enfant vint parmi les herbes.Penchant sur ellesSes mains pures qui y cueillaient des asphodèles.

Midi fut lourd d’orage et morne de soleilAu jardin mort de gloire en son sommeilLéthargique de fleurs et d’arbres,L’eau était dure à l’œil comme du marbre,Le marbre tiède et clair comme de l’eau,Et l’enfant qui vint était beau,Vétu de pourpre et lauré d’or,Et longtemps on voyait de tige en tige encor,Une à une, saigner les pivoines leur sangDe pétales au passage du bel Enfant.

L’Enfant qui vint ce soir était nu,Il cueillait des roses dans l’ombre,Il sanglotait d’être venu,Il reculait devant son ombre,C’est en lui nuQue mon Destin s’est reconnu.

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