« À Madame Élizabeth, Princesse Palatine, etc. », sans date. Mais c’est une lettre écrite peu après la mort du roi d’Angleterre Charles I (9 février 1649), laquelle fut connue à La Haye le 14 au soir, et à Egmond quelques jours après, vers le 20. D’autre part, Descartes écrivit cette lettre au moment où il reçut (p. 283, l. 4) les deux lettres de Suède, auxquelles il répondit le 26 février 1649. Elle est donc antérieure de peu à ces deux réponses, sinon du même jour, le 26 également. Ou encore, s’il faut prendre à la lettre le mot de Baillet, que la lettre précédente, du 21 février, aurait été écrite « la veille » (ci-avant p. 280, l. 13), celle-ci serait précisément du 22 février 1649.
Madame,
Entre pluſieurs faſcheuſes nouuelles que i’ay receuës de diuers endroits en meſme temps, celle qui m’a le plus viuement touché, a eſté la maladie de voſtre Alteſſe. Et bien que i’en aye auſſi appris la gueriſon, il ne laiſſe pas d’en reſter encore des marques de triſteſſe en mon eſprit, qui n’en pourront eſtre ſi-toſt effacées. L’inclination à ſaire des vers, que voſtre Alteſſe auoit pendant ſon mal, me ſait ſouuenir de Socrate, que Platon dit auoir eu vne pareille enuie, pendant qu’il eſtoit en priſon. Et ie croy que cette humeur de faire des vers, vient d’vne forte agitation des eſprits animaux, qui pourroit entierement troubler l’imagination de ceux qui n’ont pas le cerueau bien raſſis, mais qui ne fait qu’échaufer vn peu plus les fermes, & les diſpoſer à la poëſie. Et ie prens cét emportement pour vne marque d’vn eſprit plus fort & plus releué que le commun.
Si ie ne connoiſſois le voſtre pour tel, ie craindrois que vous ne fuſſiez extraordinairement affligée d’aprendre la funeſte concluſion des Tragedies d’Angleterre * ; mais ie me promets que voſtre Alteſſe, eſtant acoutumée aux diſgraces de la Fortune, & s’eſtant veuë ſoy-meſme depuis peu en grand peril de ſa vie, ne ſera pas ſi ſurpriſe, ny ſi troublée, d’aprendre la mort d’vn de ſes proches, que ſi elle n’auoit point receu auparauant d’autres afflictions. Et bien que cette mort ſi violente ſemble auoir quelque choſe de plus affreux que celle qu’on attend en ſon lit, toutesfois, à le bien prendre, elle eſt plus glorieuſe, plus heureuſe & plus douce, en ſorte que ce qui afflige particulierement en cecy le commun des hommes, doit ſeruir de conſolation à V. A. Car c’eſt beaucoup de gloire de mourir en vne occaſion qui fait qu’on eſt vniuerſellement plaint, loüé & regretté de tous ceux qui ont quelque ſentiment humain. Et il eſt certain que, ſans cette épreuue, la clemence & les autres vertus du Roy dernier mort n’auroient iamais eſté tant remarquées ny tant eſtimées qu’elles ſont & ſeront à l’auenir par tous ceux qui liront ſon hiſtoire. Ie m’aſſure auſſi que ſa conſcience luy a plus donné de ſatisfaction, pendant les derniers momens de ſa vie, que l’indignation, qui eſt la ſeule paſſion triſte qu’on dit auoir remarquée en luy, ne luy a cauſé de faſcherie. Et pour ce qui eſt de la douleur, ie ne la mets nullement en conte ; car elle eſt ſi courte, que, ſi les meurtriers pouuoient employer la fièvre, ou quelqu’autre des maladies dont la nature a coutume de ſe ſeruir pour oſter les hommes du monde, on auroit ſuiet de les eſtimer, plus cruels qu’ils ne ſont, lors qu’ils les tuent d’vn coup de hache. Mais ie n’oſe m’arreſter long-temps ſur vn ſuiet ſi funeſte ; i’adiouſte ſeulement qu’il vaut beaucoup mieux eſtre entierement deliuré d’vne fauſſe esperance, que d’y eſtre inutilement entretenu.
Pendant que i’écris ces lignes, ie reçois des lettres d’vn lieu d’où ie n’en auois point eu depuis ſept ou huit mois ; & vne entr’autres, que la perſonne à qui i’auois enuoyé le traité des Paſſions, il y a vn an, a écrite de ſa main pour m’en remercier. Puiſqu’elle ſe ſouuient, aprés tant de temps, d’vn homme ſi peu conſiderable comme ie ſuis, il eſt à croire qu’elle n’oubliera pas de répondre aux lettres de voſtre Alteſſe, bien qu’elle ait tardé quatre mois à le ſaire. On me mande qu’elle a donné charge à quelqu’vn des ſiens d’étudier le liure de mes Principes, aſin de luy en faciliter la lecture ; ie ne croy pas neantmoins qu’elle trouue aſſez de loiſir pour s’y apliquer, bien qu’elle ſemble en auoir la volonté. Elle me remercie, en termes exprés, du traité des Paſſions ; mais elle ne fait aucune mention des lettres auſquelles il eſtoit ioint, & l’on ne me mande rien du tout de ce païs-là qui touche voſtre Alteſſe. Dequoy ie ne puis deuiner autre choſe, ſinon que, les conditions de la paix d’Allemagne n’eſtant pas ſi auantageuſes à voſtre maiſon qu’elles auroient pû eſtre, ceux qui ont contribué à cela ſont en doute ſi vous ne leur en voulez point de mal, & ſe retiennent, pour ce ſuiet, de vous témoigner de l’amitié.
I’ay touiiours eſté en peine, depuis la concluſion de cette paix, de n’aprendre point que Monſieur l’Electeur voſtre frere l’euſt acceptée, & i’aurois pris la liberté d’en écrire plutoſt mon ſentiment à voſtre Alteſſe, ſi i’auois pû m’imaginer qu’il miſt cela en delibération. Mais, pour ce que ie ne ſçay point les raiſons particulieres qui le peuuent mouuoir, ce ſeroit temerité à moy d’en faire aucun iugement. Ie puis ſeulement dire, en general, que, lors qu’il eſt queſtion de la reſtitution d’vn Eſtat occupé ou diſputé par d’autres qui ont les forces en main, il me ſemble que ceux qui n’ont que l’equité & le droit des gens qui plaide pour eux, ne doiuent iamais faire leur conte d’obtenir toutes leurs pretenſions, & qu’ils ont bien plus de ſuiet de ſçauoir gré à ceux qui leur en font rendre quelque partie, tant petite qu’elle ſoit, que de vouloir du mal à ceux qui leur retiennent le reſte. Et encore qu’on ne puiſſe trouuer mauuais qu’ils diſputent leur droit le plus qu’ils peuuent, pendant que ceux qui ont la force en deliberent, ie croy que, lors que les concluſions ſont arreſtées, la prudence les oblige à témoigner qu’ils en ſont contens, encore qu’ils ne le fuſſent pas ; & à remercier non ſeulement | ceux qui leur font rendre quelque choſe, mais auſſi ceux qui ne leur oſtent pas tout, afin d’acquérir, par ce moyen, l’amitié des vns & des autres, ou du moins d’éuiter leur haine : car cela peut beaucoup ſeruir, par apres, pour ſe maintenir. Outre qu’il reſte encore vn long chemin pour venir des promeſſes iuſqu’à l’effet ; & que, ſi ceux qui ont la force s’acordent ſeuls, il leur eſt aiſé de trouuer des raiſons pour partager entr’eux ce que peut-eſtre ils n’auoient voulu rendre à vn tiers que par ialouſie les vns des autres, & pour empeſcher que celuy qui s’enrichiroit de ſes dépouilles ne fuſt trop puiſſant. La moindre partie du Palatinat vaut mieux que tout l’Empire des Tartares ou des Moſcouites, & apres deux ou trois années de paix, le ſeiour en ſera auſſi agreable que celuy d’aucun autre endroit de la terre *. Pour moy, qui ne ſuis attaché à la demeure d’aucun lieu, ie ne ferois aucune difficulté de changer ces Prouinces, ou meſme la France, pour ce pays-là, ſi i’y pouuois trouuer vn repos auſſi aſſuré, encore qu’aucune autre raiſon que la beauté du païs ne m’y fiſt aller ; mais il n’y a point de ſeiour au monde, ſi rude ny ſi incommode, auquel ie ne m’eſtimaſſe heureux de paſſer le reſte de mes iours, ſi voſtre Alteſſe y eſtoit, & que ie fuſſe capable de luy rendre quelque ſeruice ; pour ce que ie ſuis entierement, & ſans aucune reſerue, &c.
Page 282, 1. 2. — Charles I, roi d’Angleterre, eut la téte tranchée à Londres, le mardi 9 ſévrier 1649, (voir ci-avant. p. 95). La nouvelle en fut apportée à La Haye le dimanche 14 ſévrier, au soir, par un matelot dépéché de Londres, et qui avait été témoin de l’exécution. Le feu Roi avait alors à La Haye un fils, une fille, une sœur et deux nièces à savoir le prince de Galles, qui allait prendre le titre de Roi, la princesse Marie, épouse du prince d’Orange, la reine de Bohème, Élisabeth, avec deux de ses filles, les princesses Louise et Sophie. La douleur ſut grande parmi toutes ces personnes royales. On en retrouve l’écho dans les lettres de Brasset pendant le mois de février 1649. « La Tragédie d’Angleterre », écrivait-il à Brienne ; le 18 février, « est icy vne assidue meditation, et l’obiect des larmes de cette Maison royale et l’entretien d’vne continuelle tristesse ». (Bibl. Nat., fr. 17901, f. 133 v.) Et le 17, au marquis de fontenay « La bonne Reyne de Bohesme ressent de son costé le comble de ses afflictions, et quoy qu’endurcie au malheur pour tant de vieilles souffrances, et que sa constance se soit rendüe admirable en d’autres occasions, celle cy l’abbat tout a faict… » (Ib., f. 129.)
L’événement était prévu d’ailleurs, et Brasset avait demandé des instructions à la Cour de France dès le 26 janvier ; il n’en reçut même pas après le 9 février. Assez embarrassé, il attendit d’abord que le nouveau Roi lui eût fait notification de son avènement, ce qui tarda jusqu’au 2 mars. Ne pouvant plus alors se dispenser de faire ses condoléances, il demanda et obtint, le 3 mars, une audience particulière, sans rien d’officiel ; il a conservé le texte des cinq discours qu’il tint en cette circonstance : 1 « Au Roy de la Grande-Bretagne. 2 A son Altesse royale Madame la Princesse d’Orange. 3 A la Reine de Bohesme. 4 A Mesdames les Princesses Louise et Sophie Palatines. 5 A Madame la Princesse Douairière d’Orange. Voici deux de ces discours :
« Madame,
« Bien que V. M. ayt faict paroistre sa vertu et sa constance dans vne longue suicte d’aduersitez, si est ce que ie ne croyray point l’offencer, en luy disant que l’ay eu peine a me presenter deuant elle, aprez cette derniere affliction, considerant la bonté du naturel de V. M., esmeüe par la force du sang et par la plus horrible action qu’on se puisse figurer. Iusques icy, Madame, les consolations ne peuuent se trouuer que dans les larmes. Mais il fault esperer de la iustice et de la grace de Dieu, qu’auec le tems, il en donnera de meilleures ; et V. M. ne doibt point doubter que, si les moyens humains estoient capables d’y contribuer quelque chose, le Roy mon Maistre et la Reyne Regente sa Mere ne fissent ressentir a V. M. les sinceres effects de leur amitié. » (Bibl. Nat., MS. fr. 17901, p. 176 verso.
« Mesdames,
Les paroles auiourd’huy ne sont pas suffisantes, pour exprimer les sentimens que les bonnes ames doibuent auoir pour l’affliction de vostre Maison Royale. C’est vn effect qui n’appartient qu’aux yeux, et les mouvemens du cœur se reduisent en prieres a Dieu pour implorer de sa grace vne vraye consolation. C’est la, Mesdames, ou i’adresse mes vœux, souhaictant que bientost vos Altesses la ressentent auec des prosperitez qui recompensent la longue suicte de leurs desplaisirs. (Ib., p. 177.
Page 285, l. 9. La consultation politique, que Descartes donne ici à la princesse Élisabeth, est fort intéressante. La paix de Westphalie ne restituait à la Maison palatine qu’une partie de ses États héréditaires, à savoir le Bas Palatinat ; mais le Haut Palatinat était transféré, avec la dignité électorale, au duc de Bavière. Un nouvel électorat, il est vrai, était créé en faveur du prince palatin Charles-Louis. Mais celui-ci était perplexe, et ne savait s’il devait accepter dans ces conditions. Sa sœur, la princesse Élisabeth, parait avoir partagé un moment son hésitation. Voici de curieux documents sur cette affaire.
Brasset écrivit de La Haye à « M le Conte de Servien », 3 déc. 1648 : « … Il n’est pas mal plaisant que ces gens d’icy, aprez auoir eu si peu d’esgard aux interestz de la Maison palatine, facent des exclamations, comme si les couronnes n’avoient rien faict pour elle. Il m’avoit esté dict en bon lieu que la Reyne de Bohesme en faisoit les haultz criz, et n’estimoit pas que M. l’Electeur son filz deubt accepter le traicté. Ie luy en parlay, il y a troys iours ; elle me dict bien qu’elle ne se mesleroit point de luy donner conseil, mais que, s’il ne l’acceptoit pas, il auroit tort, demeurant d’accord auec moy qu’il n’y auroit rien de tel que de remectre le pied a l’estrier et que le temps feroit le reste. (Bibl. Nat. fr. 17900, f. 696 v., f : 697, f. 698.)
Brasset, circulaire du 4 déc. 1648 « …Vous estes en lieu, Monsieur, pour veoyr quelles sont les dispositions de M. l’Electeur Palatin pour l’acceptation de ce qui le concerne dans le Traicté de l’Empire. Beaucoup de gens, qui se sont fort peu souciez de ses interestz, cryent a cette heure qu’on les a negligez. Il fault neantmoins advoüer que les couronnes allices (France et Suède) ont plus faict pour luy que tous ceux de qui il devoit attendre le plus de support. La Reyne de Bohesme sa Mere l’advoüe ainsy, et en me laissant entendre qu’elle ne se mesle pas de luy donner conseil, elle ne laissa point de me dire confidemment, il y a deux iours, qu’il se feroit tort, s’il n’aquiescoit… (Ib., f. 695.)
À M le Conte de Servien, 7 déc. 1648 « … La Reyne de Bohesme vient de me monstrer vne lettre de M. son aysné, par ou ie veoy bien qu’il ne repugnera pas tant qu’aulcuns d’icy le voudroient a ce qui a esté faict pour luy dans le Traicté de l’Empire. Il ne le declare pas encore formellement ; mais sa pensee paroist aller a s’accommoder a la necessité. (Ib., f. 701 v. et f. 702.)
Au même, 21 déc. 1648 : « … La protestation du député de Bourgongne, qui se vend icy publiquement, faict bien veoyr que les Espagnolz n’ont veine qui tende a la satisfaction de la Maison Palatine, et specialement de la bonne Reyne de Bohesme, que ie nommerois pauure, si les couronnes n’estoient tousiours riches, ne fussent-elles < que > de papier doré. Elle ne faict pas la petite bouche du peu qu’elle doibt aux offices specieux de ces Mrs icy ; quoy que M. Paw les luy eust faict valoir des millions, l’obligation qu’ilz pensoient en meriter auprez d’elle, passe maintenant en moquerie dans sa propre bouche. Elle a nouuelles de M. son aysné qu’il acceptera le party faict pour luy dans le traicté de l’Empire ; mais elle ne le dict qu’a l’oreille de ceux qu’elle sçayt auoir deuotion pour son seruice. (Ib., f. 725.)
Au même, 31 déc. 1648 : « … Ie viens de veoyr la Reyne de Bohesme… Elle m’a dict que M. l’Electeur son filz a receu la lettre des Estats de l’Empire auec leur cachet, mais sans aulcune signature, et qu’il ne sçayt pas cette formalité… (Ib., f. 766.)
Brasset à Servien, 4 janvier 1649 : « …Ayant hier veu la Reyne de Bohesme, elle improuua fort que M. son aysné eust demandé aduis du Parlement d’Angleterre de ce qu’il deuoit faire sur ce qui le concerne au Traicté de l’Empire, ainsy que luy mesme, a ce qu’elle me dict, le luy auoit escrit. Mais M. de Bellieure-Grignon m’interprette cela en meilleure part. A la verité, si ce Prince se soubsmectoit a la protection du Parlement et aux caiolleries des Espagnolz, il faudroit dire auec les Iuifz et erit nouissimus error peior priori… » (Ib., fr. 17901, f. 12.)
Au même, 11 janvier 1649 : « …Ie veiz hier la Reyne de Bohesme… Elle le pleignit (M. l’Electeur son fils) de n’avoir auprez de luy personne qui entende bien les affaires d’Allemagne… Mais par dessuz tout elle improuva extresmement qu’il se fust porté a demander l’advis du Parlement d’Angleterre de ce qu’il auroit a faire, tant pour estre le parlement contre le Roy son Oncle, que pour n’y avoir plus, par maniere de dire, de parlement legitime dans la constitution presente que l’armee subvertit tout l’ordre du Royaume. Elle adiousta au bout de tout cela, selon sa coustume, qu’elle ne se mesle point de donner conseil a son filz, luy ne le demandant point… » (Ib., f. 28.)
Au même, 19 janvier 1649 « …Ie ne manqueroy pas aussy d’entretenir la bonne Reyne de Bohesme de ce qui concerne sa Maison. Le procedder de M. son avné ne la surprendra nullement, m’ayant tesmoigné plusieurs foys qu’elle le iuge fort irregulier. Elle s’en lave les mains, comme n’ayant nulle part en ses conseilz. Pour moy, M, ie suis marry de n’avoir pas esté trompé en la vieille opinion que i’ay eüe qu’il n’y avoit grande gratitude et reconnoissance a avoir de luy. Il me souvient qu’autres foys Messieurs les Ministres de Suede vous faisoient peine et a M. d’Avaux sur le fort appuy qu’ils faisoient sur ses interestz. Les en voyla bien payez. Ie ne sçay s’ilz auront faict veoyr a V. E. la copie d’vne lettre qu’il a escritte a M. Spiring, ou il se formalise que ny eux ny luy n’ayent pas miz en la superscription des leur le tiltre d’Archidapeter de l’Empire. Il n’est pas encores restably, et puntille sur vne qualité qui n’est pas rendüe, et qui semble ne le devoir pas estre, iusques a ce que le tems l’ayt remiz en son premier estat, et d’icy la il y aura iour d’advis… » (Id., f. 44 v. et f. 45.)
Brasset à Chanut, 16 avril 1649 : « … Nous auons icy depuis quatre iours M. l’Elect Palatin. Ie l’ay trouué assez alteré de l’acte de renonciation que pretend de luy M. le Duc de Bauieres, estimant que les conuentions portees par l’instrument de paix doibuent suffire. Troys choses le semblent porter a se roiddir dans la negatiue… L’vne, que tous les Estats de l’Empire ne demeurent pas d’accord qu’il doibue bailler ce nouuel acte. L’autre, qu’il est bien aduerty de la Cour imperiale, que cette demande de Bauieres y est improuuee. La troysiesme et la plus forte dans son esprit, si ie ne me trompe, que M les Suedois ayent faict asseurer M. le Prince Philippe son frere, autorisé de sa part pour reprendre la possession de ce qui luy reuient au bas Palatinat, que iamais ilz ne poseront les armes et ne procedderont a licentiement aulcun, qu’il ne soit entierement satisfaict sur les conditions du Traicté general, sans y en adiouster des nouuelles. »
« Ie ne doubte neullement de tout cela, oüy bien que ce soit par la seule consideration de son propre interest, chacun, ce me semble, y cherchant le sien, estant probable que ceux des Estats de l’Empire qui repugnent sont les mesmes qui n’ont pas gousté le traicté ; que la Cour imperiale faict le semblable, parce qu’on veoyd par diuers indices qu elle a grande disposition a traverser son execution ; et que M les Suedois ont grande peine a se resouldre de poser les armes, par le moyen desquelles ilz sont deuenuz si glorieux et redoutables dans l’Empire. La conclusion seroit que M. l’Electeur Palatin, seruant de pretexte aux autres, se trouueroit enfin n’auoir rien pour luy et tousiours dans vn malheur fatal de sa Maison, lequel il me signifia assez en me parlant de l’horrible tragedie d’Angleterre et considerant que la confusion qu’il voyd la pour longues annees, ostera le moien a ceux qu’il y auoit mesnagez pour amiz, de luy donner la main pour son entier et general restablissement… » (Ib., 17901, f. 268.)
Finalement Charles-Louis accepta les conditions qui lui étaient faites, comme on le voit dans une lettre de Brasset à La Thuillerie, du 20 avril 1649 : « M. l’Electeur Palatin, reuenu depuis huict iours d’Angleterre, part demain pour Cleues et passera ensuicte a Frankfort pour y attendre que les choses soient disposees au baz Palatinat pour y faire sa ioyeuse entree… (Ib., f. 272.)
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