À l’Heure des mains jointes
À l’heure des mains jointes (1906)
J’ai puérilisé mon cœur dans l’innocenceDe notre amour, éveil de calice enchanté.Dans les jardins où se parfume le silence,Où le rire lascif retrouve l’innocence,Ô chère ! je t’adore avec simplicité.
Tes doigts se sont noués autour de mon cœur rude.En un balbutiement pareil au cri naïfDe l’inexpérience et de la gratitude,Je te dirai comment, lasse de la mer rude,J’ai jeté l’ancre au port où s’amarre l’esquif.
Tes cheveux et ta voix et tes bras m’ont guérie.J’ai dépouillé la crainte et le brutal soupçon.Et l’artificiel et la bizarrerie…J’abrite ma langueur de malade guérieSous le toit amical de la bonne maison.
J’ai la sécurité pourtant un peu tremblanteDe celles dont les yeux, pleins d’images, sont lourds,Et je me réjouis de l’herbe et de la plante ;Dans ces jardins aux bleus midis, un peu tremblanteD’avoir trop redouté l’aspect des mauvais jours.
À l’heure sororale et douce des mains jointes,J’ai contemplé, sereine, un visage effacé,Tels les convalescents aux fraîches courtepointes,La fièvre disparue… À l’heure des mains jointes,Je t’ai donné les derniers lys de mon passé.
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